mardi 22 septembre 2026
lundi 14 septembre 2026
المقاومة - Al Muqawama (Résistance)
"Mercredi 9 septembre, dans sa « carte blanche » à la Grande Librairie sur France 5, Adèle Haenel, droite, digne et avec beaucoup d’émotion, a dénoncé le silence concernant les violences sexistes et sexuelles, faisant lien avec le silence dont bénéficie l'État d'Israël alors même qu’il commet un génocide en Palestine avec la complicité de la France. Elle a enfin appelé à sanctionner Israël et à libérer la Palestine.
France Télévisions, chaîne publique, a retiré la séquence, puis l'intégralité du replay, invoquant un défaut de « pluralisme (1) ». De quel pluralisme s'agit-il, alors que les voix palestiniennes ne peuvent pas s'exprimer sur les médias dominants ?
Ces éléments de langage ne trompent personne. Exiger une « contradiction » face à un fait documenté depuis plusieurs années maintenant par plusieurs organismes onusiens, par des spécialistes des études sur le génocide, par de nombreuses ONG internationales (dont MSF, Amnesty International, Human Rights Watch, FIDH) et même israéliennes (B'Tselem, Physicians for Human Right) revient à traiter un génocide comme une opinion comme une autre.
Mais ce qui s'est joué cette semaine n'a rien de nouveau. On se souvient du journaliste qui, questionnant Olivier Rafowicz, porte-parole de l'armée israélienne, en lui apportant une contradiction sur TV5, avait été brutalement désavoué par sa hiérarchie. Aujourd'hui, c’est France 5, qui décide de censurer la parole libre qu’elle avait pourtant elle-même offerte. En retirant non seulement la séquence mais l'émission entière, France Télévisions n'a pas cherché à « rééquilibrer » un propos : elle l'a tout simplement supprimé.
Ce réflexe n'est pas isolé. Il s'inscrit dans une longue habitude des médias publics et privés à traiter la solidarité avec la Palestine comme un crime ou une anomalie à corriger, alors que la parole pro-israélienne, quant à elle, circule sans jamais être sommée du contradictoire. Cette asymétrie a un nom : cynisme et complicité. Car elle organise, au nom du pluralisme lui-même, le silence de celles et ceux qui alertent et dénoncent la réalité établie du génocide en cours contre les Palestiniens.
L'UJFP apporte tout son soutien à Adèle Haenel, pour sa parole qui, malgré la censure, a largement circulé grâce aux réseaux de solidarité. Comme cette dernière l’a très justement indiqué, cette suppression ne fait que confirmer son message : l’urgence de la mobilisation.
L'UJFP fait sienne les mots d'Adèle Haenel : "Mais puisque je suis ici, il faut parler pour redire ce qu’il y a dans ce silence, afin que tout le monde l’entende : l’État d’Israël commet un génocide en Palestine et la France est complice. N’acceptez pas l’inacceptable, alors sanctionnez Israël et libérez la Palestine".
(1) Cf. la conception du "pluralisme" que se fait actuellement la direction de Radio-France.
U.J.F.P., 14 septembre 2026.
vendredi 10 avril 2026
jeudi 9 avril 2026
TRAGEDIE, FATALITE ET JOIE DE VIVRE.
(Ceci est le résumé d'une communication que j'ai faite à la Maison du Yoga du Plan d'Aups le dimanche 29 mars 2026).
L'opéra Carmen de Bizet1, dont nous entendons là l'air de la séguédille du premier acte, est sans doute aujourd'hui le spectacle tragique le plus souvent représenté de par le monde. On sait que Nietzsche, auteur de la Naissance de la Tragédie, avait une totale vénération pour cet opéra dont il dira : "ce qui est bon est léger. Tout ce qui est divin marche d’un pied délicat. […] Cette musique est gaie [d'une] gaieté africaine ; la fatalité plane au-dessus d'elle, la joie est courte, soudaine, sans merci"(Nietzsche, le Cas Wagner, 1888). Et nous verrons en effet que, loin d'être un spectacle lugubre ou démoralisant, la tragédie est une manière d'appréhender avec ivresse et jubilation la fatalité de l'existence humaine, laquelle fatalité rend dérisoire toute volonté de, comme on dit aujourd'hui, "prendre son destin en mains".
mardi 23 septembre 2025
LA POSTURE TRAGIQUE (I - TRAGEDIE ; II - ILLUSION).
Lors des obsèques de Marie Trintignant décédée en août 2003 dans les circonstances que tout le monde connaît, son père a pris la parole en ces termes : "ne pleure pas celle que tu as perdue ; réjouis-toi au contraire de l'avoir connue". Il y a dans cette phrase toute l'intensité et toute la grandeur de la tragédie : la catastrophe, la souffrance, la joie ("réjouis-toi"). Chacun(e) d'entre nous a sans doute croisé un jour ou l'autre quelqu'un qui, tout en étant accablé par le sort, manifeste néanmoins une vitalité extraordinaire, une joie de vivre hors du commun. Et a sans doute pensé : "quel courage !" comme s'il fallait, pour apprivoiser la tragédie de l'existence, engager un combat féroce contre le destin. Or, nous dit Nietzsche, c'est, tout au contraire, la posture tragique comme communion avec le destin qui nous procure cette "puissance de l'ivresse que tous les hommes et tous les peuples ont chanté dans leurs hymnes, [cette] force despotique du renouveau printanier pénétrant joyeusement la nature entière"(Nietzsche, la Naissance de la Tragédie, i). Nous allons donc montrer que (I) les origines festives de la tragédie grecque résument à merveille la nature de l'existence humaine, notamment (II) en ce que celle-ci se berce de l'illusion de pouvoir combattre le caractère intentionnellement illusoire du monde perçu, caractère illusoire qui (III) est dénié par la lutte dérisoire d'une responsabilité volontaire contre la souffrance existentielle dont (IV) la prise de conscience de la fatalité constitue la posture tragique par excellence, laquelle (V) est le seul moyen non de supprimer mais de sublimer la souffrance existentielle par une mise en scène qui, (VI) une fois admise et répétée sans réserve, procure la joie de vivre à la fois la plus éphémère et la plus exubérante.
dimanche 6 avril 2025
SOI OU NON-SOI : LE DÉBAT.
(Ce texte est la transcription d'une communication que j'ai faite le dimanche 30 mars 2025 à la Maison du Yoga du Plan d'Aups à l'invitation de l'Institut de Yoga de Marseille).
Dans une annexe à sa récente traduction des Yoga-Sūtra de Patañjali (Albin Michel, 2023), Marc Ballanfat insiste sur l'importance d'un débat qui a réellement eu lieu dans la capitale de l'empire Gupta à la fin du IV° siècle de l'ère commune à propos du statut de la conscience humaine : d'un côté, les bouddhistes Vasubandhu ou Asanga lui refusent toute aséité, toute qualité d'être Soi, de l'autre, les brahmanistes prétendent au contraire que la pure conscience est le Soi proprement humain. D'après Marc Ballanfat, c'est même sur la base de ce débat qui agite la pensée "indienne1" depuis le VI° siècle a.e.c. et pour défendre les positions brahmanistes qu'auraient été rédigés les Yoga-Sūtra de Patañjali2. Nous allons, pour notre part, réévaluer la pertinence de ce vieux débat en en explorant les enjeux et les limites épistémologiques mais aussi en l'élargissant à toutes les entités en général et en y invitant deux autres protagonistes : la Métaphysique grecque et le Taoïsme chinois.
lundi 25 novembre 2024
SOUFFRANCE DU SOI ET SOUFFRANCE PAR SOI - 1 - PHILOSOPHIE ET YOGA.
Suivant la loi de Boltzmann (seconde loi de la thermodynamique), tout système physique perd tendanciellement de l'énergie et se dirige inéluctablement vers sa mort thermique. En ce sens, tout système physique souffre d'entropie. Toutefois, dans la mesure où un système est thermodynamiquement ouvert, c'est-à-dire connecté à d'autres systèmes physiques, son entropie peut être compensée par les systèmes connexes, l'énergie perdue par les uns étant, pour partie, localement et momentanément récupérée par les autres. À cet égard, Francisco Varela définit le vivant comme un système thermodynamiquement ouvert mais cognitivement clos. Cela veut dire qu'un système est vivant si et seulement si tout ou partie des structures physiques dont il est constitué s'organisent contextuellement de telle sorte qu'elles font circuler entre elles de l'information sur l'état énergétique de l'organisation pour, autant que possible, maintenir cette organisation invariante. Cette "clôture cognitive du système", Varela l'appelle un "Soi". Dès lors, puisque tout système physique souffre (d'entropie), tout système physique vivant souffre (d'entropie) et, dans la mesure où il est un "Soi" cognitif, tout système physique vivant "sait" (perçoit) qu'il souffre (d'entropie). Cette souffrance est donc une souffrance DU SOI, en l'occurrence, de celui qui est contextuellement concerné par la connaissance-perception de sa propre entropie. Mais qu'en est-il des organisations vivantes dotées de conscience et de langage que sont les entités humaines ? On est obligé d'admettre que leurs "Soi", en tant qu'ils sont conscients, non seulement souffrent et perçoivent qu'ils souffrent mais, de plus, sont conscients de percevoir qu’ils souffrent. La souffrance DU Soi devient alors souffrance PAR Soi, en l'occurrence, par le fait de posséder des Soi cognitifs conscients qui permettent aux humains, certes, d'examiner certaines causes de souffrance pour tenter de les supprimer, mais aussi de représenter leur propre souffrance et donc de la prolonger dans le temps, voire de l'étendre dans l'espace en la communiquant à d'autres Soi. En ce sens, les Soi humains sont à la fois les plus sensibles des Soi à la souffrance et les plus à même d'y trouver des solutions et d'y remédier. Parmi ces solutions, celle qui a été le plus spontanément et le plus généralement adoptée par le Soi humain (individuel ou collectif) a consisté à sacraliser sa propre invariance afin de s'octroyer le droit et le pouvoir presque illimités d'infliger aux systèmes physiques connexes, conscients ou non, vivants ou non, des souffrances entropiques qui dégénèrent souvent en pures et simples destructions, et ce, au risque de précipiter la mort thermique du Soi humain au lieu de la ralentir (cf. Thermodynamique des Conflits II : Prédation et Parasitisme). La question est donc clairement de savoir dans quelle mesure les solutions apportées par les Soi conscients humains au problème de leur propre entropie ne sont pas plus problématiques que le problème lui-même. Nous verrons qu’à cette question, la Philosophie, le Yoga, le Taoïsme ou le Bouddhisme apportent des réponses radicalement divergentes.
dimanche 13 octobre 2024
SUBSTANCE, SUBSISTANCE, SUBSTRAT, SUBSTANTIF - I - MÉTAPHYSIQUE.
Le dictionnaire philosophique Lalande définit la substance comme ce qu'il y de permanent dans les choses qui changent : l'arbre a perdu ses feuilles, quelques-unes de ses branches mais, au fond, il reste le même arbre ; mon quartier a vu surgir de nouveaux bâtiments, de nouveaux commerces mais, au fond, il demeure le même quartier ; quant à moi-même, depuis ma conception, j'ai grandi, grossi, vieilli, etc. mais, au fond, je suis réputé toujours le même. Il semble donc évident qu'il y a, "au fond" de tout changement, une réalité homogène et permanente qui, elle, ne change pas, qui est immuable et incorruptible, un "même" qui résiste vaillamment aux assauts de l'"autre". Cependant, moi, par exemple, en quoi suis-je toujours le "même" puisque, à l'instar du bateau de Thésée, la totalité de mon matériau biologique se renouvelle en moyenne tous les 7 à 10 ans ? Et ce qui vaut pour moi ne pourrait-il pas s'étendre à toute réalité ? Se pourrait-il alors que toute permanence ne fût qu'illusion et que, comme le disait déjà Héraclite d'Éphèse (VI° siècle a.e.c.), "rien n'est permanent [πάντα ῥεῖ], sauf le changement. Seul le changement est éternel"(Héraclite, Fragments, 142). Et nous pouvons faire, quant à l'homogénéité dans l'espace, le raisonnement que nous avons fait pour la permanence dans le temps : qu'est-ce qui fait que moi, cet arbre, ce quartier, cette communauté soyons considérés comme "un" alors que nous sommes manifestement composés de substrats divers et variés. Se pourrait-il que, comme le soulignait Hume, "nous feign[i]ons l’existence continue des perceptions de nos sens pour en supprimer la discontinuité pour aboutir aux notions d’âme, de moi et de substance"(Hume, Traité de la Nature Humaine, I, iv, 6) ? Pour autant, il y doit bien y avoir en tout phénomène quelque chose qui, à défaut d'être homogène et permanent, soit néanmoins, à quelque degré, subsistant, faute de quoi, comment le localiserait-on, comment l'identifierait-on, comment le reconnaîtrait-on ? Et, au-delà, si tout n'est qu'apparition ou illusion, que reste-t-il de la réalité puisque, précisément, la réalité est censée être ce qui résiste à l'illusion ? Nous allons voir que c'est pour contourner ce genre de mise en abîme vertigineuse que s'est constituée une onto-théologie, la métaphysique, qui s'est donné pour mission d'imposer la notion fondamentale de substance comme une nécessité. Pourtant, en quelque vingt-cinq siècles d'existence, la métaphysique n'a jamais réussi à convaincre les sotériologies indienne ou chinoise d'une telle nécessité. On peut même dire que le riche débat qui a toujours eu lieu entre le brahmanisme et le bouddhisme à propos des notions de "soi" (âtman) et de permanence (nitya) prouve le caractère non-universel de la notion de substance. Mais, et c'est beaucoup plus surprenant, c'est encore dans le développement de l'épistémologie occidentale depuis la fin du XIX° siècle que la notion de substance s'est révélée n'être qu'une illusion, certes nécessaire, mais une illusion tout de même.
samedi 15 juin 2024
THERMODYNAMIQUE DES CONFLITS : I - ENTROPIE ET ATTRACTION.
L'un des paradoxes de la civilisation occidentale, c'est sa dissociation entre, d'une part un idéal intellectuel de luxe, de calme et de volupté, et, d'autre part, une histoire toute faite de misère, de chaos et de violence. On dira sans doute avec raison qu'il ne faut pas chercher plus loin la consubstantialité de l'Occident global avec la théologie monothéiste qui prend acte de l'indépassable conflictualité d'ici-bas tout en proclamant néanmoins un irénisme compatible seulement avec quelque improbable au-delà de la corporéité. Pourtant, la plupart des civilisations n'ont jamais cultivé cette sorte de schizophrénie et se sont, au contraire, trouvées très à leur aise avec une pensée structurée par des cosmogonies dans le cadre desquelles les puissances supérieures de l'univers se livrent perpétuellement un combat sans merci1. Ce qui, d'ailleurs, est aussi pressenti par l'un des courants de la pensée grecque présocratique qui admet que "le conflit est le père de toutes choses, le souverain de toutes choses, qui fait apparaître les uns comme des dieux, les autres comme des hommes, qui fait les uns libres et les autres esclaves [πόλεµος πάντων µὲν πατήρ ἐστι, πάντων δὲ βασιλεύς, καὶ τοὺς µὲν θεοὺς ἔδειξε τοὺς δὲ ἀνθρώπους, τοὺς µὲν δούλους ἐποίησε τοὺς δὲ ἐλευθέρους]"(Héraclite, Fragments, 53). Nous allons essayer de montrer que la science occidentale moderne, tout particulièrement la thermodynamique, tourne le dos à l'optimisme métaphysique et s'accorde pleinement avec la pensée héraclitéenne du conflit comme matrice universelle. Puis nous tirerons quelques conséquences pratiques, notamment écologiques et géo-politiques, de la thermodynamique des conflits.
dimanche 14 avril 2024
LA FÉCONDITÉ DU VIDE.
(Ceci est le résumé d'une communication que j'ai faite le dimanche 7 avril 2024 au Plan d'Aups dans le cadre d'un stage organisé par l'Institut de Yoga. Cette communication reprend en le condensant notre article Vide, Néant, Absence, Chaos, Dsiponibilité).
dimanche 18 février 2024
DIRE ET MONTRER : LE "MYSTICISME" DE WITTGENSTEIN.
mardi 5 décembre 2023
VIDE, NÉANT, ABSENCE, CHAOS, DISPONIBILITÉ.
Gilles Lipovetski fait en 1983 paraître un best seller dont le titre, l'Ère du Vide, semble auto-référentiel tant son propos est affligeant de banalité, s'appliquant lourdement1 à montrer que dans la société occidentale actuelle "tout fout l'camp", s'évertuant à exemplifier à son insu le dicton latin selon lequel vocaliora sunt vacua quam plena, "ce qui est creux est toujours plus sonore que ce qui est plein" ! En fait, le seul élément intéressant dans cet ouvrage de plus de 300 pages, c'est son titre qui mentionne un des symptômes de la post-modernité : la fascination pour le vide. L'homo occidentalis, en effet, n'a de cesse de vouloir se vider la tête, se vider les tripes, être zen, bien profiter de ses vacances (du latin vacuum, "vide"), vacances au cours desquelles il sera, paradoxalement, enjoint d'avoir des journées bien remplies, de faire le plein d'activités, d'émotions, d'images, de souvenirs, de rencontres, d'énergie, de bon air, etc. Et c'est bien ce balancement schizophrénique entre l'attrait pour le vide et l'horreur du vide qui est caractéristique de notre époque, tant il est vrai que l'obsession subliminale de notre civilisation est moins de faire le vide que de faire le plein (de "plénitude", d'argent, d'emplois, de diplômes, d'expérience, de carburant, d'ondes positives, …). Pourtant, comme le rappelle Trinh Xuan Thuan citant Léonard de Vinci, dans l'avant-propos de son ouvrage intitulé la Plénitude du Vide, "de tous les grands concepts que nous portons en nous, celui du néant est sans doute le plus fécond". Et c'est précisément cette fécondité du vide que nous allons à présent tâcher d'explorer en analysant successivement ses aspects métaphysiques, matériels, formels et enfin spirituels.