(Avertissement : ce blog est un blog militant, non seulement par son contenu mais aussi par son statut. J'ai toujours refusé de cautionner la logique de la marchandisation capitaliste, tout particulièrement à l'égard de cette escroquerie idéologique que constitue, à mes yeux, la notion de propriété intellectuelle. Aussi, les divers textes que j'ai rédigés et mis en ligne sont-ils, naturellement, libres de droits. Copiez-les, pillez-les, diffusez-les ! Soyons le plus nombreux possible à penser le plus possible !)

mardi 27 octobre 2009

REFERENCES DES RENVOIS (B111 - B327 - DMB)


B111 « Au commencement l'âme est ce qu'on appelle une tabula rasa, vide de tout caractère, sans aucune idée quelle qu'elle soit. Comment vient-elle à recevoir des idées ? [...] De l'expérience, des observations que nous fai­sons sur les objets exté­rieurs et sensibles, ou sur les opérations intérieures de notre âme. »(Locke, Essai Philo­sophique concernant l'Entendement Humain, I, iv, 24)
B112 « Quand il s'agit de l'acquisition de la science, [...] la vue et l'ouïe offrent-ils quelque certitude ou [...] n'entendons-nous et ne voyons-nous jamais rien exactement ? [...] Qui donc atteindrait le plus haut de­gré de pureté en la connaissance, sinon celui qui recourrait le plus possible à la seule pensée, sans conjoindre à cette activité la vue non plus qu’aucune autre sensation. »(Platon, Phédon, 65c-66a)
B113 « Si notre connais­sance commence avec l’expérience, elle ne dérive pas toute de l’expé­rience. [Car] des observa­tions faites au hasard et sans plan tracé d’avance ne se rassemblent pas en une loi nécessaire. [Or] il se pourrait que notre connaissance fût composée de ce que nous recevons par des impres­sions sensibles, et de ce que notre propre faculté de connaître tire d’elle-même. »(Kant, Cri­tique de la Raison Pure, III, 10)
B114 « L’essence d’une chose n’est rien d’autre que sa puissance de passer à l’acte [...]. Donc une chose est possible si son passage à l’acte dont elle est dite avoir la puissance n’entraîne aucune impossibilité [...]. Mais si une chose est possible dans le sens où elle est réalisable, on ne pourra pas en même temps dire que cette chose est possible mais que pourtant elle ne sera pas. »(Aristote, Métaphysique, T, 1047a-b)
B115 « La forme d'une représentation est la possibilité que les choses soient entre elles dans le même rapport que les éléments de l'image [...]. L'image figure une situation possible dans l'espace logique [...]. Les possibilités de vérité des propo­sitions élémentaires sont les conditions de vérité ou de fausseté des propositions. [Donc] est possible la proposition pourvue de sens. »(Wittgenstein, Tractatus, 2.151-5.525)
B116 « Est réel ce qui s’accorde avec les conditions matérielles de l’expérience, à savoir la sensation. Ce qui s’ac­corde avec les conditions formelles de l’expérience n’est que possible. [Donc] ce qui est possible est déterminé a priori par l’enten­dement lui-même comme objet d’une expérience en général [...]. Les concepts a priori sont les conditions générales de l’expérience possible. »(Kant, Critique de la Raison Pure, III, 185-190)

B121 « Or il est une chose que tous ceux qui sont tant soit peu versés dans la géométrie ne nous contesteront pas, c'est que cette science a un objet entièrement différent de ce que prétendent les praticiens [...]. Car toute cette science n'est cultivée qu'en vue de la connaissance [...]. On la cultive pour connaître ce qui est toujours, et non ce qui à un moment donné naît et périt. [...] Elle est donc, mon brave ami, propre à tirer l'âme vers la vérité et à faire naître l'esprit philosophique. »(Platon, République, VII, 527 a-b)
B122 «Toutes nos idées sont des copies de nos im­pressions. [Donc] une idée est plus faible et plus effacée qu’une impression. [E.g.], nos idées [géométriques] semblent affirmer que deux lignes [parallèles] ne peuvent avoir un segment commun ; mais [...] si l’angle qu’elles forment est extrêmement petit, nous n’avons aucun critère pour nous assurer de la vérité de cette proposi­tion. »(Hume, Traité de la Nature Humaine, I, iii, 1)
B123 « Les jugements mathématiques sont tous synthétiques [ils relient des objets], mais leur application à l’expé­rience se fait entièrement a prio­ri [car ils] ajoutent à ce qui est donné aux sens quelque chose qui n’y était pas contenu [...]. Par suite, la mathématique comporte une nécessité absolue tout en étant appli­cable dans toute sa précision aux objets de l’expérience sensible. »(Kant, Critique de la Raison Pure, III, 39-184)
B124 « [La Nature, c'est l’ordre et la disposition que Dieu a établis dans les choses créées. Aussi], connaissant la force et les actions du feu, de l’eau, de l’air, des astres, des cieux et de tous les autres corps qui nous environnent, aussi distinctement que nous connais­sons les di­vers métiers de nos artisans, nous pourrions ainsi nous rendre comme maîtres et possesseurs de la Nature. »(Descartes, Discours de la Méthode, VI)
B125 « Nous admettons que la matière, dans toutes ses opérations, est actionnée par une cause nécessaire. [Or], notre idée de nécessité et de causalité naît entièrement de l’observation d’une uniformité dans les opérations de la nature où des objets semblables sont constamment conjoints les uns aux autres et l’esprit accoutumé à inférer l’un de l’apparition de l’autre. »(Hume, Enquête sur l’Entendement Humain, VIII, 1)
B126 « La mathématique donne le plus éclatant exemple d’une Raison pure [faculté des principes a priori] qui s’étend d’elle-même avec succès, sans le se­cours de l’expérience. [Grâce à elle], la science est donc une législation universelle pour la Na­ture [...]. La Na­ture, c'est l'existence des choses en tant que déterminée selon des lois universelles. »(Kant, Critique de la Raison Pure, III, 468 ; IV, 94)
B127 « La méthode scientifique, qui a permis une domination de la nature de plus en plus efficace, a fourni les concepts purs, mais aussi l’ensemble des instruments qui ont favorisé une domination de l’homme par l’homme de plus en plus efficace, à travers la domination de la nature. La raison théorique, en restant pure et neutre, est entrée au ser­vice de l’instrumentalisation des hommes. »(Marcuse, l’Homme Unidimensionnel, VI)
B128 « [La totalité des propositions vraies constitue la totalité des sciences de la nature]. Pourtant les philosophes ont constamment à l’esprit la méthode scientifique et sont tentés de poser des questions et d’y répondre à la manière de la science : cette tendance est la vraie source de la métaphysique qui mène le philosophe en pleine obscurité. »(Wittgenstein, le Cahier Bleu, 28-29)
B129 « On peut, en cas d’expérience récalcitrante, soit modifier certains énoncés théoriques, soit préserver la vérité de la théorie en alléguant une hallucination. [...] Les objets physiques et les dieux ne trouvent place dans une théorie que pour autant qu’ils sont culturellement postulés. »(Quine, deux Dogmes de l’Empirisme, vi)


B211 « Je ne reconnais aucune différence entre les machines que font les artisans et les divers corps que la nature seule compose, [...] et il est certain que toutes les règles des mécaniques appartiennent à la physique, en sorte que toutes les choses qui sont artificielles, sont avec cela naturelles. [Qu’est-ce donc que je suis ? Une chose qui pense [...]. Il n’y a rien qui soit plus facile à connaître que mon esprit]. »(Descartes, Principes de la Philosophie, IV, art.203)
B212 « [Un homme] peut convenir, avec d’autres hommes, de se joindre et s’unir en société pour leur conservation, pour leur sûreté mu­tuelle, pour la tranquillité de leur vie [...]. Quand un certain nombre de personnes sont convenues ainsi de former une communauté et un gouvernement, ils sont par là en même temps intégrés, et composent un seul corps politique dans lequel le plus grand nombre a droit de conclure et d’agir. »(Locke, Traité du Gou­vernement Civil, §95)
B213 « Tous les rites sont des actions que l'on peut nommer instinctives et une explication historique [ou sociologique] est une supposition superflue qui n'explique rien. Certes, il y a bien une analogie entre une action humaine et un mouve­ment naturel, mais on ne peut rien constater de plus que cette analogie. »(Wittgenstein, Remarques sur "le Rameau d'Or" de Frazer, 12)
B214 « Les conditionnements as­sociés à une classe particulière de conditions d’existence produisent des habitus, sys­tèmes de dispositions durables et transposables [...], principes générateurs et organisateurs de pratiques et de représentat­ions. [Par exemple] l'affirmation de l’irréductibilité de la conscience [...] est une manière de définir et défendre la fron­tière entre ce qui appartient en propre à la philosophie et ce qu’elle peut abandonner aux sciences. »(Bourdieu, Choses Dites)
B215 « La première règle est de considérer les faits sociaux comme des choses. [...] La plupart de nos idées, de nos ten­dances ne sont pas éla­borées par cha­cun d'entre nous, mais sont des manières d'agir, de penser, de sentir, qui s’imposent à l'individu. [C’est] la statistique qui nous fournit le moyen de les isoler. »(Durkheim, les Règles de la Mé­thode Sociologique)
B216 « La sociologie dévoile [par exemple] la corrélation entre la réussite scolaire et l’origine sociale [...]. La fonction scientifique de la sociologie est de décrire le monde social, à commencer par les relations de pouvoir. Opération qui n’est pas neutre socialement et qui remplit sans doute une fonction sociale. Entre autres parce qu’il n’est pas de pouvoir qui ne doive une part de son efficacité à la méconnaissance des mécanismes qui le fondent. »(Bourdieu, Questions de Sociologie, ii)

B221 « Est enchanté un monde social dépourvu de sens face à un cosmos [univers naturel] qui, lui, est doté de sens [...]. Nous appelons so­ciologie une science qui se propose de comprendre par interprétation l'action sociale [...]. Nous entendons par action un comporte­ment humain quand et pour autant que l'agent lui communique un sens subjectif [...]. La conduite de la vie, partout où elle a été ra­tionalisée, a vu son évolution profondément modifiée par ce sens subjectif. »(Weber, Sociologie des Reli­gions)
B222 « Les sciences ont deux extrémités qui se touchent. La première est la pure ignorance où se trouvent tous les hommes en nais­sant. L'autre extré­mité est celle où arrivent les grandes âmes, qui, ayant parcouru tout ce que les hommes peuvent savoir, trouvent qu'ils ne savent rien [...] ; mais c'est une ignorance savante qui se connaît. Ceux qui sont sortis de l'ignorance naturelle, et n'ont pu arriver à l'autre, [les demi-savants] troublent le monde, et jugent mal de tout. »(Pascal, Pen­sées, B327)
B223 « [La sociologie] ne peut compter sur les pa­trons, les évêques ou les journalistes pour louer la scientifici­té de travaux qui dévoilent les fondements cachés de leur do­mination et travailler à en divulguer les résultats. [Pire], nombre de ceux qui se désignent comme sociologues ou éco­nomistes sont des ingénieurs so­ciaux qui ont pour fonction de fournir aux membres de la classe dominante la connais­sance pratique ou demi-savante dont ils ont besoin pour rationaliser leur domina­tion, [instaurant] une violence symbolique par laquelle les dominés contribuent à leur propre domination. »(Bourdieu, Questions de Sociologie, pro.)
B224 « La psychanalyse se refuse à considérer la conscience comme formant l'essence même de la vie psychique [...]. C'est en ce point qu'intervient la théorie psychanalytique, pour déclarer que si certaines représentations sont incapables de de­venir conscientes, c'est à cause d'une certaine force de refoulement qui s'y oppose, que sans cette force elles pour­raient bien devenir conscientes. »(Freud, Essais de Psychanalyse, II)
B225 « À toute époque, les idées de la classe dominante sont les idées dominantes [...]. Autrement dit la classe qui est la puis­sance matérielle dominante de la société [...] dispose des moyens de la production matérielle et, en même temps, des moyens de la production intellectuelle [...]. Les pensées dominantes ne sont rien d’autre que l’expression en idées des conditions matérielles dominantes. »(Marx, l’Idéologie Allemande)
B226 « La croyance collective dans le jeu (illusio) et dans la valeur sacrée de ses enjeux est à la fois la condition et le pro­duit du fonctionnement même du jeu […]. On ne peut donc fonder une véritable science […] qu’à condition de s’arra­cher à l’illusio et de suspendre la relation de complicité et de connivence qui lie tout homme cultivé au jeu culturel pour constituer ce jeu en objet. [Car] le déterminisme n’opère pleinement qu’à la faveur de l’inconscient. »(Bourdieu, les Règles de l’Art, ii, 2)


B311 « Le principal usage de l’histoire est de nous montrer les hommes en diverses circonstances et situa­tions, et, en nous fournissant des ma­tériaux d’où nous pouvons former nos observations, nous familiariser avec les ressorts réguliers de l’action et de la conduite humaine. »(Hume, Enquête sur l’Entendement Hu­main, VIII, 1)
B312 « Les hommes réussissent à doter de quelque permanence leurs actions : la capacité hu­maine d’accomplir cela, c’est la mémoire [...]. Car, comme les Grecs ont été les premiers à s'en aperce­voir, elles sont complètement fugaces, et ne laissent jamais un produit final derrière elles [...]. C’est pour cela que la tâche de l’­histoire est de sauver les actions humaines de la futilité qui vient de l’oubli. »(Arendt, la Crise de la Culture, II, i)
B313 « L'histoire universelle est la manifestation du processus divin, de la marche graduelle par laquelle l'Esprit connaît et réalise sa vérité. Tout ce qui est historique est une étape de cette Conscience de soi [...]. Les peuples historiques, les ca­ractères de leur éthique, de leur constitution, de leur art, de leur religion, de leur science, consti­tuent les confi­gurations de cette marche graduelle, [...] les moments de la poussée irrésistible de l'Esprit du Monde. »(Hegel, la Raison dans l’Histoire, ii)
B314 « Ce n’est pas la conscience qui détermine l’existence, c’est l’existence sociale qui détermine la conscience. Les hommes commencent à se distinguer des ani­maux dès qu’ils se mettent à pro­duire leurs moyens d’existence […] ; la produc­tion des idées, des représentations, de la conscience, est ensuite directement mêlée à leurs relations maté­rielles […] et à la division du travail qui y cor­respond. [Celle-ci] n’acquiert son caractère définitif que lorsqu’intervient une divi­sion du travail matériel et du travail intellectuel […] impliquant une répar­tition du tra­vail et de ses pro­duits, inégale en quantité comme en qualité […]. D'où l’existence de classes sociales dont l’une domine l’autre. »(Marx-Engels, l’Idéologie Alle­mande)
B315 « J’entends par antagonisme l’insociable sociabilité des hommes, c’est-à-dire leur inclination à entrer en société, in­clination qui est doublée d’une répulsion générale à le faire, menaçant constamment de désagréger cette socié­té. [...] C’est cette résistance qui éveille toutes les forces de l’homme. [En particulier, les Lumières, c'est la sortie de l'homme hors de l'état de tutelle [comme] incapacité de se servir de son entendement.] »(Kant, Idée d’une Histoire Universelle du point de vue Cos­mopolitique)
B316 « On attribue par exemple aux idées des Lumières le pouvoir d’avoir permis le déclenchement de la Révolution Fran­çaise. [Or] l’existence d’idées révolutionnaires suppose l’existence préalable d’une classe révolutionnaire. [Et d’une manière générale], une révolution naît de la contradiction entre les forces productives matérielles de la société et les rapports de pro­duction existants. [L'histoire de toute société jusqu'à nos jours, c'est l'histoire de la lutte des classes.] »(Marx-Engels, l’Idéologie Alle­mande)

B321 « Socrate : vous êtes tous frères, dirons-nous, [...] mais le dieu qui vous a formés a fait entrer de l’or dans la composition de ceux d’entre nous qui sont capables de commander, de l’argent dans la compo­sition des gardiens, du fer et de l’airain dans celle des laboureurs et des autres artisans. »(Platon, République, III, 415a)
B322 « Le système scolaire, à travers notamment l’enseignement de l’histoire […], inculque les fondements d’une véritable religion civique, et plus précisément, les présupposés fondamentaux de l’image nationale de soi. [Il s'agit] de fonder en raison les divisions arbitraires de l’ordre social, et d’abord la divi­sion du travail, et de donner aussi une solution au problème du classement des hommes. »(Bourdieu, Raisons Pratiques, iv)
B323 « En chacun de nous, suivant des proportions variables, il y a de l’homme d’hier ; et c’est même l’homme d’hier qui, par la force des choses, est prédominant en nous, puisque le présent n’est que bien peu de choses comparé à ce long passé au cours duquel nous nous sommes formés et d’où nous résultons. Cet homme du passé, nous ne le sentons pas parce qu’il [...] forme la partie inconsciente de nous-mêmes […]. En définitive, l’histoire n’est autre chose que l’analyse du présent. »(Durkheim, l’Évolution Pédagogique en France)
B324 « L’ensemble des rapports de production est la structure économique de la société, la base réelle sur quoi s’élève une superstructure juridique et politique à quoi correspondent des formes de conscience so­ciale détermi­nées [afin que] les forces productives de la société n’entrent en contradiction avec les rap­ports de pro­ductions. Donc, de même qu’on ne juge pas un individu sur l’idée qu’il a de lui-même, on ne juge pas non plus une époque sur la conscience qu’elle a d’elle-même. [En toute idéologie, les hommes et leurs condi­tions apparaissent sens-dessus-des­sous]»(Marx, Cri­tique de l’Économie Politique)
B325 « C’est seulement par exception, notamment dans les moments de crise, que peut se former, chez certains agents, une re­présentation consciente et explicite du jeu en tant que jeu, ce qui détruit l’investissement dans le jeu, l’illusio [le fait d’être pris au jeu], en le faisant apparaître telle qu’il est toujours objectivement (c’est-à-dire pour un observateur étran­ger au jeu, donc indiffé­rent à ses enjeux). »(Bourdieu, les Règles de l’Art, ii, 2)
B326 « L’objet étant ce qui s’oppose à ce que nos connaissances soient déterminées arbitrairement, [...] les lois sont des règles objectives en tant qu’elles sont nécessairement attachées à la connaissance de leur ob­jet. [Or] la connaissance histo­rique est cognitio ex datis [connaissance empririque] et non cognitio ex principiis [connaissance rationnelle]. »(Kant, Critique de la Raison Pure, IV, 92)
B327 « Un jour [lorsque l'histoire aura produit une société communiste, i.e. une société sans classes], les sciences de la nature engloberont les sciences de l’homme, tout comme les sciences de l’homme englo­beront les sciences de la nature : il n’y aura plus qu’une seule science. [A savoir] l’­histoire universelle, c'est-à-dire l’histoire objective de la génération de l’homme par le travail humain. »(Marx, Manuscrits Parisiens de 1844)








La mécanique est le modèle des sciences et [la] psychologie a pour idéal une mécanique de l’âme [avec] des expé­rimentations de physique d’une part, et d’autre part des expérimentations de psychologie. [Or] une des choses les plus importantes pour une expérimentation en physique, c’est qu’elle doit marcher, qu’elle doit nous rendre capable de prévoir avec succès : la physique est liée à l’art de l’ingénieur, le pont ne doit pas s’effondrer. [Mais] certains ont trouvé une façon tout à fait nouvelle de rendre compte d’une explication : non pas une explication conforme à l’expérience (cause) mais une explication simplement acceptée (motif) : [par exemple], le critère permettant de dire que la psychanalyse a réussi, c’est que cela vous a satisfait. [En effet], certaines explications ne sont pas conformes à l’expérience mais sont simplement satisfaisantes [dans le sens où] certaines explications exercent, à un moment donné, une attraction irrésistible.
Wittgenstein, Leçons sur l’Esthétique, II-III

vendredi 16 octobre 2009

LES CONNAISSANCES SCIENTIFIQUES PROVIENNENT-ELLES DE L'EXPERIENCE SENSIBLE ?

CORRIGÉ DU D.M.B


B3 – Quel est le rôle des mathématiques dans la connaissance scientifique ?

Une science proprement dite [...] exige une partie pure sur laquelle se fonde la partie empirique et qui re­pose sur la connaissance a priori des choses de la nature. Or, connaître une chose a priori signifie la connaître d’a­près sa simple possibi­lité1. [...] Ainsi, connaître la possibilité de choses naturelles déterminées [...] a priori, exige que l’intuition sensible correspon­dant au concept soit donnée a priori, c’est-à-dire que leur concept2 soit construit. Or la connaissance rationnelle par la construction des concepts, c’est la mathématique. En conséquence [...] une pure théorie de la nature concernant des choses déterminées de la nature n’est possible qu’au moyen de la mathé­matique. [...] Par suite, tant qu’on n’aura pas trouvé de concept se rapportant aux actions chimiques3 des matières les unes sur les autres, qui puisse se construire, [...] la chimie ne saurait être qu’une pratique systématique ou une théorie empirique, mais jamais une science à proprement parler.
Kant – Pre­miers Principes Métaphysiques de la Science de la Nature


1 - A quelle idée l'auteur s'oppose-t-il et quelle idée défend-il ?
Dans ce texte, Kant s'oppose à la fois à l'idée que la connaissance scientifique exclurait toute expérience sensible et à l'idée opposée qui voudrait qu'elle ne proviendrait que de l'expérience sensible. L'idée qu'il défend est donc qu'il y a dans les sciences, deux parties : une partie sensible ("empirique") et une non sensible ("pure").

2 - Expliquer la première phrase.
A part ce que nous avons dit en réponse à la question 1, l'auteur nous dit deux choses. Premièrement, que les deux parties sont, évidemment, complémentaires, mais pas dans n'importe quel ordre. Il y a d'abord la partie "pure" et il y a ensuite la partie "empirique" : "une science proprement dite [...] exige une partie pure sur laquelle se fonde la partie empirique". Ce qui veut dire que l'expérience sensible vient toujours après. Après quoi ? Eh bien deuxièmement, nous dit Kant, après "la connaissance a priori des choses de la nature". La locution latine "a priori" signifie "avant", "en premier", "en priorité". Et en quoi consiste cette connaissance a priori des choses de la nature ? Kant répond que "connaître la possibilité de choses naturelles déterminées [...] a priori, exige que l’intuition sensible correspon­dant au concept soit donnée a priori, c’est-à-dire que leur concept soit construit". Cette phrase est longue et difficile. Arrêtons-nous-y un peu. Nous avons commencé par dire que, dans l'activité scientifique, l'expérience sensible, qu'il appelle aussi "l'intuition sensible", c'est-à-dire l'expérience que nous avons au moyen de nos cinq sens, vient toujours après. L'expérience ou expérimentation, en science, sert en effet à vérifier, à valider ou à invalider quelque chose qui vient avant. Quoi donc ? Kant appelle cela un "concept". Il est facile de comprendre que c'est ce que nous appelons aujourd'hui une hypothèse. Le scientifique va, par exemple, construire le concept d'eau en faisant l'hypothèse que la molécule d'eau est composée de deux atomes d'hydrogène et d'un atome d'oxygène. Ça, c'est la partie "pure" ou "a priori". Puis il va confronter son hypothèse à l'expérience sensible, c'est-à-dire qu'il va voir (avec ses yeux) si ce qu'il avait cru possible est bien réel. Ça, c'est la partie empirique. Bref, "la connaissance a priori des choses de la nature" n'est rien d'autre que la formulation d'hypothèses et celle-ci précède toujours nécessairement l'expérimentation : le possible vient toujours avant le réel.

3 - Pour Kant, quel est le rôle des mathématiques dans la connaissance scientifique ?
On a vu avec Pascal (A2), Descartes (B1) et Wittgenstein (B2) que les mathématiques sont une activité rationnelle, autrement dit une activité de la raison en ce qu'elle laisse l'expérience sensible de côté (au moins momentanément). Kant est d'accord avec eux mais il ajoute que les mathématiques ne servent qu'à une seule chose : construire des concepts, autrement dit, formuler des hypothèses. Pour lui, en effet, "la connaissance rationnelle par la construction des concepts, c’est la mathématique". Il veut dire par là que, sans mathématiques, on ne pourrait pas construire d'hypothèse scientifique parce que, justement, le propre d'une telle hypothèse, c'est sa vérifiabilité par les sens, ce qui ne serait pas possible sans quantification. L'avantage considérable que procure l'utilisation des mathématiques dans une hypothèse, c'est que sa vérification est aisée puisqu'on raisonne sur des quantités précises : l'eau, ce n'est pas de l'hydrogène lié à de l'oxygène, c'est deux atomes H liés à un atome O. Pour Kant, les mathématiques sont donc le guide indispensable de l'expérience scientifique. C'est pourquoi son texte se termine sur l'exemple de la chimie qui, à son époque, n'est encore que de l'alchimie : on sait transformer certaines substances, mais empiriquement, par habitude, et non pas en appliquant des formules mathématiques précises. Ce n'est donc pas encore une science.

Dissertation : les connaissances scientifiques proviennent-elles de l'expérience sensible ?





Descartes : les connaissance scientifiques ne proviennent jamais de l'expérience sensible mais de l'intelligence pure et attentive (B1).
La préoccupation constante de Descartes, tout au long de sa carrière philosophique, est de chercher des vérités qui soient définitivement hors de doute. Et si tel est le cas, c'est que, d'une part nos sens sont potentiellement trompeurs (par exemple un bâton rectiligne paraît rompu dès lors qu'on le plonge dans un liquide), mais d'autre part ce n'est pas un motif suffisant pour douter de tout comme le font les pyrrhoniens. Aussi, Descartes entreprend-il de faire l'inventaire de toutes les situations possibles ou notre intelligence pure (c'est-à-dire non polluée par l'intrusion intempestive des sens) est en mesure de rechercher une vérité hors de doute. Il en existe deux, dit Descartes : l'intuition et la déduction. L'intuition consiste en ce que l'intelligence pure n'est attentive qu'à elle-même et ne recherche qu'en elle-même ce dont elle peut être absolument certaine. A savoir, j'existe comme être pensant, Dieu existe comme source de toute perfection et mon intelligence ne peut être systématiquement sujette à l'erreur. On voit tout de suite que, par l'intuition, on n'atteint que des vérités métaphysiques, mais aucune vérité physique, autrement dit aucune connaissance scientifique. Pour cela, il va falloir faire usage de la déduction qui consiste, à partir des trois vérités métaphysiques fondamentales, à faire progresser notre intelligence vers de nouvelles vérités et à conclure sans faire jamais appel à l'expérience sensible. Par exemple, de ce que deux droites sécantes déterminent nécessairement quatre secteurs angulaires deux à deux opposés par le sommet et deux à deux égaux (vérité évidente pour l'intelligence, il n'y a rien à vérifier par l'expérience sensible), et de ce qu'une bissectrice partageant deux de ces quatre angles opposés par le sommet en quatre secteurs angulaires égaux (même remarque), je conclus une loi physique valable essentiellement dans le domaine de l'optique : l'angle d'incidence est égal à l'angle de réflection (faire ici le schéma de la "loi de Descartes"). Voilà donc faite la preuve que l'on peut et que l'on ne doit, lorsqu'on recherche la vérité scientifique, ne se fier qu'à l'intelligence pure et attentive et non à l'expérience sensible.

Wittgenstein : toutes les connaissances, y compris celles qui procèdent de l'intelligence "pure", sont acquises par l'expérience sensible (B2).
Wittgenstein fait remarquer qu'il y a deux sortes de propositions affirmatives : celles qui sont vraies ou fausses, et celles qui ne sont ni vraies ni fausses. Dans le premier cas, ce qui rend la proposition vraie ou fausse, c'est la confrontation avec la réalité à travers l'expérience sensible. Wittgenstein appelle "empirique", ce genre de proposition (par exemple : "il fait beau aujourd'hui"). Dans le second cas, ce qui fait que la proposition n'est ni vraie ni fausse, c'est précisément qu'il n'y a rien à vérifier par l'expérience sensible parce que la proposition est réputée irréfutable. Wittgenstein appelle "incontestable", ce genre de proposition (par exemple : "douze fois douze font cent quarante-quatre"). Il y a donc des propositions absolument hors de doute, puisqu'elles sont incontestables : les propositions en font bien entendu partie. Cependant, Wittgenstein s'empresse de dire que, si ces propositions sont incontestables, ce n'est pas parce qu'elles sont innées, mais parce qu'elles bénéficient d'une sorte de consensus social parce que, si ce n'était pas le cas, on ne pourrait plus rien dire ni rien penser (par exemple, comment pourrais-je expliquer à un passant le chemin qu'il doit emprunter pour se rendre à la gare, si nous n'avions pas, lui et moi, une confiance aveugle en un certain nombre de notions géométriques ?). En revanche, ces propositions incontestables (mathématiques, par exemple), sont acquises exactement de la même manière que les propositions empiriques : c'est-à-dire par l'expérience sensible. En effet, j'apprends les mathématiques à l'école, en écoutant mes professeurs, en lisant l'énoncé des exercices et des problèmes, etc. Il m'arrive donc de me tromper en énonçant une proposition mathématique, tout comme je le fais en énonçant une proposition empirique. Wittgenstein fait ici une analogie : les mathématiques par exemple sont aux connaissances scientifiques ce que les règles du football sont au football. Je n'ai pas le droit d'enfreindre les règles (par exemple en me dopant), car alors, le jeu est impossible (si je me dope, je triche, et si je triche, je ne suis plus autorisé à jouer). Mais tout le monde sait bien que j'ai la capacité de les enfreindre, justement parce que ces règles ne sont pas innées mais acquises par l'expérience sensible. Bref, toute connaissance, quelle qu'elle soit, et en particulier la connaissance scientifique, provient nécessairement de l'expérience sensible.

Kant : le propre des connaissances scientifiques, c'est qu'elles reposent, pour partie sur l'expérience sensible, et pour partie sur la réflexion a priori (B3).
Kant pense que la connaissance scientifique repose sur deux piliers : une partie empirique et une partie pure. Mais il s'empresse aussitôt d'ajouter que ces deux piliers n'ont pas la même valeur : il y une des deux parties qui est plus fondamentale, puisque la partie pure est a priori, c'est-à-dire prioritaire, tandis que l'autre, la partie empirique, ne vient qu'après la partie pure en s'appuyant sur elle. Donc, comme Descartes, Kant dit que la connaissance scientifique se caractérise en premier lieu par une réflexion de l'intelligence pure, c'est-à-dire indépendamment de l'expérience sensible. Cette réflexion, nous dit Kant, consiste à calculer, à déduire et à conclure une hypothèse. Par exemple, en 1844, l'astronome français Le Verrier déduit, par le calcul, qu'il doit exister une autre planète au-delà de la planète Uranus (on l'appellera Neptune). Or, cette déduction n'est, pour l'instant, qu'une hypothèse, c'est-à-dire, pour parler comme Kant, qu'elle ne fait connaître que la possibilité de cette nouvelle planète, et non pas sa réalité comme le pensait Descartes. Donc, pour savoir si Neptune est bien une réalité et non une fiction, il va néanmoins falloir vérifier l'hypothèse, c'est-à-dire avoir recours à l'expérience sensible, en l'occurrence en cherchant au moyen du télescope à apercevoir cette nouvelle planète. Ce qui sera fait dès 1846 lorsque, grâce aux calculs formulés dans l'hypothèse, l'astronome allemand Galle trouvera la planète exactement là où Le Verrier l'avait prévu. Bref, pour savoir ce qui est scientifiquement vrai, la dernier mot reste quand même à l'expérience sensible, comme le pense Wittgenstein. Cela dit, Kant ne s'intéresse pas vraiment à l'origine des connaissances scientifiques mais à la valeur de celles-ci. Ce qui importe pour lui, c'est qu'il existe, dans la recherche scientifique, une partie pure ou a priori, d'où qu'elle provienne, qui permet, d'une part de déterminer, à travers une hypothèse mathématisée, une expérience possible, et d'autre part de guider précisément cette expérience au moyen des notions mathématiques qui y sont contenues. Et c'est de cette priorité de la réflexion sur l'expérience qui donne à la science sa valeur.



Je choisis par exemple (ce n'est qu'un exemple, il y a d'autres choix possibles)
- 1° Descartes
- 2° Wittgenstein
- 3° Kant




Les connaissances scientifique proviennent-elles de l'expérience sensible ? (questionsujet)
A première vue, la science ne nous apprend-elle pas à nous méfier de l'expérience sensible ? Or, toute connaissance n'est-elle pas cependant acquise par l'expérience sensible ? Cela dit l'expérience sensible ne constitue-t-elle pas qu'une partie de la démarche scientifique ? (problématique)
Nous allons donc voir que, à première vue, les connaissances scientifiques ne doivent jamais provenir de l'expérience sensible, toujours potentiellement trompeuse, mais seulement de l'intelligence pure et attentive. Or, à moins de dire que l'intelligence pure est innée, on doit bien admettre que toute connaissance, qu'elle soit scientifique ou non, est acquise par, et donc provient de l'expérience sensible. Cependant, ce qui importe dans la connaissance scientifique, ce n'est pas sa provenance, mais sa valeur qui découle de la priorité de la réflexion a priori sur l'expérience sensible. (annoncedu plan)




I - À première vue, les connaissances scientifiques ne doivent jamais provenir de l'expérience sensible, toujours potentiellement trompeuse, mais seulement de l'intelligence pure et attentive. (titrede la 1° partie, cf. annonce du plan)

Qui n'a jamais été trompé par ses sens le jour où, par exemple, on a cru reconnaître dans la foule cet ami perdu de longue date, abusé par le jeu des ressemblances ? (amorce)

C'est pourquoi la préoccupation constante de Descartes, tout au long de sa carrière philosophique, est de chercher des vérités qui soient définitivement hors de doute. Et si tel est le cas, c'est que nos sens sont potentiellement trompeurs : "combien de fois m’est-il arrivé de songer, la nuit, que j’étais en ce lieu, que j’étais habillé, que j’étais auprès du feu, quoique je fusse tout nu dedans mon lit ? […] Il n’y a point d’indices concluants ni de marques assez certaines par où on puisse distinguer nettement la veille d’avec le sommeil, j’en suis tout étonné, et mon étonnement est tel qu’il est presque capable de me persuader que je dors."(Descartes, Méditations Métaphysiques). Autrement dit, je me fie à mon expérience sensible, je ne sais jamais vraiment si je rêve ou si je veille. D'où le danger de finir par douter de tout, comme les pyrrhoniens, si on ne trouve pas une forme de connaissance qui ne repose pas sur l'expérience sensible.

Aussi, Descartes entreprend-il de faire l'inventaire de toutes les situations possibles ou notre intelligence pure (c'est-à-dire non polluée par l'intrusion intempestive des sens) est en mesure de rechercher une vérité hors de doute : "voici le recensement de tous les actes de notre entendement qui nous permettent de parvenir à la connais­sance des choses, sans aucune crainte de nous tromper. Il n’y en a que deux à admettre, savoir l’intuition et la dé­duction."(Descartes, Règles pour la Direction de l'Esprit). L'intuition consiste en ce que l'intelligence pure n'est attentive qu'à elle-même et ne recherche qu'en elle-même ce dont elle peut être absolument certaine. A savoir, j'existe comme être pensant, Dieu existe comme source de toute perfection et mon intelligence ne peut être systématiquement sujette à l'erreur.

On voit tout de suite que, par l'intuition, on n'atteint que des vérités métaphysiques, mais aucune vérité physique, autrement dit aucune connaissance scientifique. Pour cela, il va falloir faire usage de la déduction qui consiste, à partir des trois vérités métaphysiques fondamentales, à faire progresser notre intelligence vers de nouvelles vérités et à conclure sans faire jamais appel à l'expérience sensible. Par exemple, de ce que deux droites sécantes déterminent nécessairement quatre secteurs angulaires deux à deux opposés par le sommet et deux à deux égaux (vérité évidente pour l'intelligence, il n'y a rien à vérifier par l'expérience sensible), et de ce qu'une bissectrice partageant deux de ces quatre angles opposés par le sommet en quatre secteurs angulaires égaux (même remarque), je conclus une loi physique valable essentiellement dans le domaine de l'optique : l'angle d'incidence est égal à l'angle de réflection (faire ici le schéma de la "loi de Descartes"). (argumentsprincipaux et arguments secondaires)

Voilà donc faite la preuve que l'on peut et que l'on ne doit, lorsqu'on recherche la vérité scientifique, ne se fier qu'à l'intelligence pure et attentive et non à l'expérience sensible (bilande la 1° partie).

Oui mais pour être d'accord avec Descartes, ne faut-il pas supposer que l'intelligence pure est innée ? (transitionentre la 1° et la 2° partie)

II - Or, à moins de dire que l'intelligence pure est innée, on doit bien admettre que toute connaissance, qu'elle soit scientifique ou non, est acquise par, et donc provient de l'expérience sensible. (titrede la 2° partie, cf. annonce du plan)

En effet, pour être pleinement en accord avec Descartes, il faut absolument supposer que l'intelligence pure n'est pas acquise mais innée. Parce que, si elle est acquise, on voit mal comment elle pourrait l'être autrement qu'à travers l'apprentissage, donc à travers les sens. Or, justement, la science moderne montre que nos aptitudes intellectuelles sont, pour l'essentiel, acquises par l'apprentissage. (amorce: j'annonce ici pourquoi Descartes est critiquable)

"Dire qu’une proposition est vraie ou fausse, à proprement parler, cela veut dire seulement qu’il faut qu’il y ait possibilité de décider en sa faveur ou contre elle. [Or, par exemple], je ne peux pas me tromper au sujet de la proposition "12.12=144"."(Wittgenstein, de la Certitude)Wittgenstein fait donc remarquer qu'il y a deux sortes de propositions affirmatives : celles qui sont vraies ou fausses, et celles qui ne sont ni vraies ni fausses. Dans le premier cas, ce qui rend la proposition vraie ou fausse, c'est la confrontation avec la réalité à travers l'expérience sensible. Wittgenstein appelle "empirique", ce genre de proposition (par exemple : "il fait beau aujourd'hui"). Dans le second cas, ce qui fait que la proposition n'est ni vraie ni fausse, c'est précisément qu'il n'y a rien à vérifier par l'expérience sensible parce que la proposition est réputée irréfutable. Wittgenstein appelle "incontestable", ce genre de proposition (par exemple : "douze fois douze font cent quarante-quatre").

Donc, Wittgenstein est d'accord avec Descartes pour souligner qu'il existe bien des propositions absolument hors de doute, puisqu'elles sont incontestables : les propositions mathématiques en sont un bel exemple. Et, comme Descartes, Wittgenstein pense que, si ce n'était pas le cas, on ne pourrait plus rien dire ni rien penser de vrai (par exemple, comment pourrais-je expliquer à un passant le chemin qu'il doit emprunter pour se rendre à la gare, si nous n'avions pas, lui et moi, une confiance aveugle en un certain nombre de notions géométriques ?) : "C’est comme si on disait : "Disputez d’autre chose, quant à ceci, c’est intangible, c’est un point fixe sur lequel votre dispute peut tourner." […] Cette proposition, je ne peux pas la mettre en doute sans renoncer à tout jugement."(Wittgenstein, de la Certitude)

En revanche, contrairement à Descartes, si ces propositions sont incontestables, ce n'est pas parce qu'elles sont innées, mais plutôt parce qu'elles bénéficient d'une sorte de consensus social. Car, en fait, ces propositions incontestables (mathématiques, par exemple), sont acquises exactement de la même manière que les propositions empiriques, c'est-à-dire par l'expérience sensible : "la proposition mathématique a été obtenue par une série d’actions qui ne se dif­férencient d’aucune façon du reste des actions de la vie et qui sont tout aussi sujettes à l’oubli, l’inadvertance et l’illusion."(Wittgenstein, de la Certitude). En effet, j'apprends les mathématiques à l'école, en écoutant mes professeurs, en lisant l'énoncé des exercices et des problèmes, etc. Il m'arrive donc de me tromper en énonçant une proposition mathématique, tout comme je le fais en énonçant une proposition empirique. Wittgenstein fait ici une analogie : les mathématiques sont aux connaissances scientifiques ce que les règles du football sont au football. Je n'ai pas le droit d'enfreindre les règles (par exemple en me dopant), car alors, le jeu est impossible (si je triche, je ne suis plus autorisé à jouer). Mais tout le monde sait bien que j'ai la capacité de les enfreindre, justement parce que ces règles ne sont pas innées mais acquises par l'expérience sensible. (argumentsprincipaux et arguments secondaires)

Bref, toute connaissance, quelle qu'elle soit, et donc, en particulier, la connaissance scientifique, provient nécessairement de l'expérience sensible (bilande la 2° partie).

Or, si toute connaissance est acquise par les sens, les propositions incontestables ne sont-elles pas néanmoins prioritaires sur les propositions empiriques dans la démarche scientifique ? (transitionentre la 2° et la 3° partie)

III - Cependant, ce qui importe dans la connaissance scientifique, ce n'est pas sa provenance, mais sa valeur qui découle de la priorité de la réflexion a priori sur l'expérience sensible. (titrede la 2° partie, cf. annonce du plan)

Descartes comme Wittgenstein s'attachent à analyser l'origine de la connaissance scientifique : intellectuelle pour l'un, empirique pour l'autre. Or, il se pourrait bien que, ce qui fait la valeur de la science, ce ne soit pas son origine (innée ou acquise) mais sa démarche (amorce : j'annonce ici pourquoi Descartes et Wittgenstein sont tousles deux critiquables)

Kant pense que le propre de la connaissance scientifique, c'est sa méthode qui consiste en deux étapes : une étape empirique et une étape pure. Mais il s'empresse aussitôt d'ajouter que ces deux étapes n'ont pas la même valeur : il y une des deux parties qui est plus fondamentale, puisque la partie pure est a priori, c'est-à-dire prioritaire, tandis que l'autre, la partie empirique, ne vient qu'après la partie pure en s'appuyant sur elle. En bref, "une science proprement dite [...] exige une partie pure sur laquelle se fonde la partie empirique et qui re­pose sur la connaissance a priori des choses de la nature."(Kant, Pre­miers Principes Métaphysiques de la Science de la Nature)

Donc, comme Descartes, Kant dit que la connaissance scientifique se caractérise en premier lieu par une réflexion de l'intelligence pure, c'est-à-dire indépendamment de l'expérience sensible. Cette réflexion, nous dit Kant, consiste à déduire et à conclure une hypothèse mathématisée dans la mesure où "la connaissance rationnelle par la construction des concepts, c’est la mathématique." (Kant, Pre­miers Principes Métaphysiques de la Science de la Nature). Par exemple, en 1844, l'astronome français Le Verrier déduit, par le calcul, qu'il doit exister une autre planète au-delà de la planète Uranus (on l'appellera Neptune). Or, cette déduction n'est, pour l'instant, qu'une hypothèse, c'est-à-dire, pour parler comme Kant, qu'elle ne fait connaître que la possibilité de cette nouvelle planète, et non pas sa réalité comme le pensait Descartes : "connaître une chose a priori signifie la connaître d’a­près sa simple possibi­lité."(Kant, Pre­miers Principes Métaphysiques de la Science de la Nature). Donc, pour savoir si Neptune est bien une réalité et non une fiction, il va néanmoins falloir vérifier l'hypothèse, c'est-à-dire avoir recours à l'expérience sensible, en l'occurrence en cherchant au moyen du télescope à apercevoir cette nouvelle planète. Ce qui sera fait dès 1846 lorsque, grâce aux calculs formulés dans l'hypothèse, l'astronome allemand Galle trouvera la planète exactement là où Le Verrier l'avait prédit.

Bref, pour savoir ce qui est scientifiquement vrai, la dernier mot reste quand même à l'expérience sensible, comme le pense Wittgenstein. Cela dit, Kant ne s'intéresse pas vraiment à l'origine des connaissances scientifiques mais à la valeur de celles-ci. Ce qui importe pour lui, c'est qu'il existe, dans la démarche scientifique, une partie pure ou a priori, d'où qu'elle provienne, qui permet, d'abord de déterminer, à travers une hypothèse mathématisée, une expérience possible : "ce qui est possible est déterminé a priori comme objet d’une expérience possible en général."(Kant, Critique de la Rai­son Pure). Et c'est la mathématisation de l'hypothèse scientifique qui encadre ensuite l'expérience sensible en la guidant rigoureusement cette expérience au moyen des notions mathématiques qui y sont contenues, lesquelles ne prennent en considération que des phénomènes quantifiables et donc mesurables sans contestations possibles. (argumentsprincipaux et arguments secondaires)

C'est donc bien cette priorité de la réflexion pure (hypothèse) sur l'expérience sensible qui donne à la science toute sa valeur. Mais d'un autre côté, sans l'expérience sensible (expérimentation), il n'y aurait pas de connaissance scientifique (bilande la 3° partie).

Nous avons donc pu voir qu'à première vue c'est une exigence scientifique fondamentale que de douter de la fiabilité des informations fournies par les sens et de n'accorder sa confiance qu'à la réflexion pure. Or, la réflexion pure en question a beau être constituée par des propositions incontestables, elle est très probablement acquise et non pas innée, de sorte qu'elle provient de toute façon d'un apprentissage sensible. Cependant, ce qui fait la valeur de la connaissance scientifique, ce n'est pas son origine, mais sa démarche qui consiste en la priorité donnée à la construction d'hypothèses mathématisées qui guident et encadrent rigoureusement le recours à l'expérience sensible. (j'airésumé d'une phrase chaque partie de mon développement)


1 "Ce qui possible est déterminé a priori comme objet d’une expérience possible en général."(Kant - Critique de la Rai­son Pure)
2 On dirait aujourd'hui "leur hypothèse".
3 Au moment de la rédaction de ce texte (fin du XVIII° siècle), la chimie comme discipline scientifique autonome n’existe pas encore.