(Avertissement : ce blog est un blog militant, non seulement par son contenu mais aussi par son statut. J'ai toujours refusé de cautionner la logique de la marchandisation capitaliste, tout particulièrement à l'égard de cette escroquerie idéologique que constitue, à mes yeux, la notion de propriété intellectuelle. Aussi, les divers textes que j'ai rédigés et mis en ligne sont-ils, naturellement, libres de droits. Copiez-les, pillez-les, diffusez-les ! Soyons le plus nombreux possible à penser le plus possible !)

dimanche 6 juin 2021

TURING, SEARLE ET LE PROBLEME DE L'INTELLIGENCE ARTIFICIELLE.

 Dans son article de 1950 Computing Machinery and Intelligence, Alan Turing suggère une expérience de pensée permettant de déterminer dans quelle mesure une machine peut être dite "intelligente" au sens humain du terme, autrement dit, dotée d'une sorte de "pensée" capable d'effectuer suffisamment d'opérations banalement humaines pour abuser observateur Lambda qui ne serait pas au courant de sa nature non-humaine, mécanique. Soit un jeu à trois "joueurs", deux étant humains, le troisième étant un ordinateur. Un observateur humain extérieur pose alors des questions ouvertes aux "joueurs". S'il est incapable de déceler, dans la teneur des réponses, la présence de la machine, alors celle-ci peut être dite "intelligente". Le critère proposé par Turing pourrait se résumer de la manière suivante : une machine sera dite intelligente si et seulement si, répondant à des questions ouvertes que l'on pose à un groupe composé de cette machine et d'êtres humains, on est incapable de distinguer quelles sont les réponses fournies par la machine et quelles sont les réponses fournies par les êtres humains. D'où la question : une telle expérience de pensée constitue-t-elle ou non un critère opérationnel d'attribution de l'"intelligence" à de l'"artificiel" ? On sait que Searle y a répondu négativement au motif que la machine pourrait, à la limite, "mémoriser" par avance non seulement toutes les questions possibles mais aussi toutes les manières possibles d'y répondre. En ce sens, elle se comporterait comme quelqu'un qui ignore tout de la langue chinoise mais détiendrait un manuel d'instructions suffisamment complet pour faire face à toutes les situations langagières possibles dans cette langue. En conséquence de quoi, la machine pourrait, théoriquement, "berner" l'expérimentateur sans rien comprendre aux questions posées et donc sans faire preuve d'intelligence. Que penser de ces deux arguments ?

TURING, SEARLE ET LE PROBLEME DE L'INTELLIGENCE ARTIFICIELLE (suite et fin).

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vendredi 12 février 2021

春节, chūn jié, "FÊTE DU PRINTEMPS" OU "NOUVEL AN CHINOIS".

 Le vendredi 12 février est, cette année, le jour de 春节, chūn jié, la "fête du printemps" appelée aussi par les Occidentaux "le nouvel an chinois", traduction d'ailleurs très approximative des termes chinois 农历新年, nóng lì xīn nián, ce qui, littéralement, signifie plutôt "nouvel an du calendrier agricole". Je dis "cette année" parce que, pour ce peuple de tradition fondamentalement agricole, le printemps, 春天 , chūn tiān, commence le 1° jour du calendrier lunaire, lors de la deuxième nouvelle lune suivant le solstice d’hiver et avant la phase lunaire d'équinoxe du printemps raison pour laquelle sa date varie d'une année à l'autre. Mon intention, en écrivant cela, n'est pas de vous faire savoir ce que vous trouveriez par vous-même en consultant Wikipedia ou n'importe quel autre site d'information, mais d'insister sur ce que le commencement de l'année signifie pour la sagesse chinoise traditionnelle et, peut-être aussi, pour la pensée extrême-orientale en général, voire pour l'humanité toute entière.

lundi 25 janvier 2021

MANIFESTE DU PARTI CONSPIRATIONNISTE.

Un spectre hante l’Occident : le spectre du conspirationnisme. Toutes les puissances du vieil Occident se sont unies en une Sainte-Alliance pour traquer ce spectre : le politique, le scientifique et le médiatique, Parly, Delfraissy et July1, les ministres, les experts et les journalistes. Quelle est l’opposition qui n’a pas été accusée de conspirationnisme par ses adversaires au pouvoir ? Quelle est l’opposition qui, à son tour, n’a pas renvoyé à ses adversaires de droite ou de gauche l’épithète infamante de conspirationniste ? Il en résulte un double enseignement. Déjà le conspirationnisme est reconnu comme une puissance par toutes les puissances d’Occident. Il est grand temps que les conspirationnistes exposent à la face du monde entier, leurs conceptions, leurs buts et leurs tendances ; qu’ils opposent au conte du spectre conspirationniste un manifeste du Parti lui-même2.

MANIFESTE DU PARTI CONSPIRATIONNISTE (suite et fin).

 (suite et fin de ...)

lundi 9 novembre 2020

"LES CONS, S'ILS SAVAIENT !"

 "Les cons, s'ils savaient !" ruminait Daladier face à la foule qui l'acclamait au lendemain des funestes accords de Munich en 1938, persuadée que la paix avait été sauvegardée au prix de quelques contorsions géo-politiques sans importance. En écho, Churchill, interpellant Chamberlain à la Chambre des Communes, déclara que le Royaume-Uni avait eu, en cette même occasion, "le choix entre le déshonneur et la guerre. Il a choisi le déshonneur et il aura la guerre". Chacun jugera, à la lumière de ses connaissances historiques, le degré de pertinence de ces prédictions. Aujourd'hui, nous claironne-t-on à propos de la "crise sanitaire" que nous traversons1, nous aurions le choix entre sacrifier la santé publique et sacrifier la vie sociale. Au motif que la santé serait une priorité absolue, les arithmétocrates2 français (entre autres) entendent donc sauvegarder la santé publique au prix de quelques futiles concessions sur la vie sociale. Les cons ! Ils ne se rendent pas compte qu'ils sacrifient tout à la fois la vie sociale ET la santé publique.

jeudi 1 octobre 2020

MARCHER SUR LA VOIE OU FLÂNER COMME EN NAGEANT.

Sur un forum de discussion, par ailleurs tout à fait remarquable, consacré à la marche nordique1, il est beaucoup question de compétition, d'effort, de technique, de matériel, etc., autant de thèmes qui, explicitement ou non, posent toujours plus ou moins la même question : comment faire pour optimiser l'effort et maximiser la vitesse ? Et même chez ceux et celles qui reconnaissent la légitimité des motivations non-compétitives (marcher pour se rééduquer fonctionnellement, marcher pour faire des rencontres, naturelles ou sociales, marcher pour se faire du bien, etc.), il y a toujours l'idée sous-jacente que sans la sensation d'un effort pénible (au moins occasionnellement) et sans la sensation de la vitesse, il ne saurait exister de satisfaction légitime. Il semble donc que, pour la mentalité occidentale tout au moins, forcer et aller vite soient des motivations nécessaires de tout mouvement bien accompli, fussent-elles à l'arrière plan d'autres objectifs. Bref, là où Marx disait que le capitalisme avait réduit le système de nos valeurs à une seule, la valeur monétaire, je dirais pour ma part que l'idéologie inhérente au capitalisme a réduit la valeur de tout mouvement à ces deux seules : effort et vitesse. C'est pourquoi je voudrais ici prendre le contre-pied de cette idéologie main stream en faisant l'éloge de la facilité et de la lenteur dans la marche et, tout particulièrement, dans la marche nordique en m'inspirant des enseignements du 道, dào (Tao), notamment en reprenant le titre du premier chapitre de l’œuvre de Zhuāng Zǐ : 逍遥游 (xiāo yáo yóu), littéralement "flâner loin comme en nageant".

mardi 7 avril 2020

LES YOGA-SÛTRA DE PATANJALI : SAGESSE OU PHILOSOPHIE (vidéo et résumé) ?

VIDEO (Première partie et Deuxième partie)1.

RESUME.


La première fois que j'ai lu les Yoga-Sûtra dans la traduction et avec les commentaires de Jean Bouchart d'Orval, le texte de Patañjali m'a paru éminemment philosophique. Puis, avec le recul du temps et l'utilisation que j'ai dû en faire, notamment dans ma conférence sur la dualité du corps et de l'esprit, cela m'a semblé de moins en moins évident, au point même que j'ai fini par en parler comme d'un exemple de "sagesse" et non plus de "philosophie". Depuis, j'ai lu plusieurs autres traductions et commentaires de ce vénérable texte et j'ai été frappé par le fait que tou(te)s les traducteur(trice)s et commentateur(trice)s que j'ai consulté(e)s le qualifiaient indistinctement de philosophie et/ou de sagesse. D'où le double problème qui s'est fait jour dans mon esprit : d'abord, doit-on considérer ces termes comme synonymes, sinon, lequel convient le mieux au Patañjali des Yoga-Sûtra ?2

samedi 19 octobre 2019

LES YOGA-SÛTRA DE PATANJALI : SAGESSE OU PHILOSOPHIE ?

 Quel est le statut des Yoga-Sûtra de Patañjali ? Plusieurs catégories semblent en mesure de se disputer l'honneur de les compter dans leurs rangs. Commençons par éliminer les "candidats" les moins sérieux, les moins crédibles. De toute évidence, les Yoga-Sûtra ne sont pas un traité scientifique, en tout cas pas au sens moderne, post-kantien de ce terme. En effet, bien qu'il propose une méthode progressive pour remédier à l'agitation mentale (vritti) et aux souffrances (duhkha) qui lui font suite, le texte ne satisfait aux réquisits ni de rigueur formelle (mathématisée) de sa formulation a priori, ni d'expérimentabilité objective de ses résultats a posteriori. Même s'il est fait référence, notamment dans sa deuxième partie, à un certain nombre de devoirs (yamas, niyamas), il est manifeste que les Sûtra ne sont pas non plus un traité de droit ou de morale : ce texte est descriptif plus que prescriptif dans le sens où les conseils qui y sont donnés sont censés déterminer un certain état de bien-être (samâdhi, kaivalya) qui n'a aucune valeur absolue (le bien pour la morale ou le juste pour le droit). Pour autant, ce n'est pas non plus un traité d'éthique au sens d'Aristote ou de Spinoza dans la mesure où il affiche, d'entrée de jeu, l'ambition de limiter (nirodha) nos actions plutôt que de les cultiver selon un certain nombre de critères positifs. Mais ne serait-ce pas plutôt un texte sacré ? Certes, les Sûtra entendent donner une justification théorique à la pratique du yoga, lui-même une des six darshana ou doctrines astika reconnaissant l'autorité des Vedas puis des Upanishads, lesquels sont des textes sacrés pour l'hindouisme. Mais leur auteur (à supposer qu'il n'y en eût qu'un seul) n'est pas considéré comme un prophète, un envoyé ou un saint. Aussi son texte ne relève-t-il pas d'une révélation inspirée, ce qui est le critère généralement admis pour attribuer le caractère sacré à un corpus, même si les Yoga-Sûtra font parfois allusion à la divinité. Est-ce alors de la littérature ? Comparés à la Bhagavad Gîta, autre texte fondateur pour les pratiquants du yoga, les Yoga-Sûtra de Patañjali n'ont aucun caractère épique ni même narratif du point de vue de la forme et n'ont aucun caractère fictionnel du point de vue du contenu. Le problème de savoir si ce ne serait pas un poème est déjà plus difficile à résoudre. Il n'existe, en effet, guère de définition satisfaisante du poème, ni formelle, puisqu'il existe des poèmes en vers et d'autres en prose (cf. Baudelaire), ni matérielle puisque n'importe quel contenu littéral peut être dit poétique. Toutefois, bien que rappelant tout à la fois l'aspect condensé et allusif et la progressivité méthodique et didactique du de Rerum Natura de la Divine Comédie, du ainsi parlait Zarathoustra ou de la Légende des Siècles, le texte de Patañjali est beaucoup plus concis, beaucoup moins emphatique (par exemple, dépourvu de toute formule d'interpellation vocative) et, surtout, beaucoup plus démonstratif que les œuvres sus-mentionnées. Donc, après tout, puisqu'on trouve des poèmes philosophiques (cf. Parménide, Cléanthe, Lucrèce, Dante, Nietzsche ou Hugo), pourquoi ne pas parler, plus directement et plus simplement, à propos des Yoga-Sûtra de Patañjali, de philosophie ou de sagesse, ce que font spontanément d'ailleurs la plupart des commentateurs modernes de ce texte ? Après avoir levé cette ambiguïté permanente qui, depuis Platon, grève la pensée occidentale et qui consiste à confondre abusivement la sagesse et la philosophie, nous verrons que l'enrôlement de Patañjali sous l'une ou l'autre de ces deux bannières est loin d'aller de soi.

LES YOGA-SÛTRA DE PATANJALI : SAGESSE OU PHILOSOPHIE ? (suite et fin)