dimanche 31 mai 2026

المقاومة - Al Muqawama (Résistance)

Absence d'hommage à Edgar Nahoum (Edgar Morin) dans la plupart des media français ! Explication.


"[...] Son engagement pour les droits du peuple palestinien est très ancien. Il était universaliste et la négation d'un peuple par un État, se voulant ethniquement pur, le révulsait.

En 2002, il écrivait dans Le Monde : « on a peine à imaginer qu'une nation de fugitifs issus du peuple le plus persécuté dans l'histoire de l'humanité, ayant subi les pires humiliations et le pire mépris, soit capable de se transformer en deux générations en peuple dominateur et sûr de lui et, à l'exception d'une admirable minorité, en peuple méprisant ayant satisfaction à humilier ». Déjà à l'époque, les défenseurs de l'apartheid israélien instrumentalisaient l'antisémitisme et sa mémoire. Edgar Morin fut condamné pour antisémitisme (1) puis acquitté en appel et en cassation.

En 2004, toujours dans le Monde, il expliquait comment, à l'antijudaïsme chrétien et à l'antisémitisme racial, s'était ajouté ce qu'il appelait l'anti-israélisme : « comme Israël est un État juif, et comme une grande partie des Juifs de la Diaspora, se sentant solidaires d'Israël, justifient ses actes et sa politique, il s'opère alors des glissements de l'anti-israélisme vers l'antijudaïsme ».

Contacté en 2023 pour signer une pétition de Juifs, initiée par l'UJFP, condamnant les crimes de guerre et crimes contre l'humanité commis contre le peuple palestinien, il avait répondu : « j'approuve tout ce qui est dans ce texte. Mais je ne peux pas signer. Je ne me sens pas juif, je suis marrane ».

Mais, en 2025, il signe, à la demande de l'UJFP, avec Étienne Balibar, Sophie Bessis, Rony Brauman, Mona Cholet, Annie Ernaux et bien d'autres un appel exigeant l'entrée de l'aide humanitaire à Gaza, soumis à la famine par l'occupant israélien [...]".

(1) Nous soulignons.


jeudi 9 avril 2026

TRAGEDIE, FATALITE ET JOIE DE VIVRE.

 

(Ceci est le résumé d'une communication que j'ai faite à la Maison du Yoga du Plan d'Aups le dimanche 29 mars 2026).

L'opéra Carmen de Bizet1, dont nous entendons là l'air de la séguédille du premier acte, est sans doute aujourd'hui le spectacle tragique le plus souvent représenté de par le monde. On sait que Nietzsche, auteur de la Naissance de la Tragédie, avait une totale vénération pour cet opéra dont il dira : "ce qui est bon est léger. Tout ce qui est divin marche d’un pied délicat. […] Cette musique est gaie [d'une] gaieté africaine ; la fatalité plane au-dessus d'elle, la joie est courte, soudaine, sans merci"(Nietzsche, le Cas Wagner, 1888). Et nous verrons en effet que, loin d'être un spectacle lugubre ou démoralisant, la tragédie est une manière d'appréhender avec ivresse et jubilation la fatalité de l'existence humaine, laquelle fatalité rend dérisoire toute volonté de, comme on dit aujourd'hui, "prendre son destin en mains".

mardi 23 septembre 2025

LA POSTURE TRAGIQUE (I - TRAGEDIE ; II - ILLUSION).

 

Lors des obsèques de Marie Trintignant décédée en août 2003 dans les circonstances que tout le monde connaît, son père a pris la parole en ces termes : "ne pleure pas celle que tu as perdue ; réjouis-toi au contraire de l'avoir connue". Il y a dans cette phrase toute l'intensité et toute la grandeur de la tragédie : la catastrophe, la souffrance, la joie ("réjouis-toi"). Chacun(e) d'entre nous a sans doute croisé un jour ou l'autre quelqu'un qui, tout en étant accablé par le sort, manifeste néanmoins une vitalité extraordinaire, une joie de vivre hors du commun. Et a sans doute pensé : "quel courage !" comme s'il fallait, pour apprivoiser la tragédie de l'existence, engager un combat féroce contre le destin. Or, nous dit Nietzsche, c'est, tout au contraire, la posture tragique comme communion avec le destin qui nous procure cette "puissance de l'ivresse que tous les hommes et tous les peuples ont chanté dans leurs hymnes, [cette] force despotique du renouveau printanier pénétrant joyeusement la nature entière"(Nietzsche, la Naissance de la Tragédie, i). Nous allons donc montrer que (I) les origines festives de la tragédie grecque résument à merveille la nature de l'existence humaine, notamment (II) en ce que celle-ci se berce de l'illusion de pouvoir combattre le caractère intentionnellement illusoire du monde perçu, caractère illusoire qui (III) est dénié par la lutte dérisoire d'une responsabilité volontaire contre la souffrance existentielle dont (IV) la prise de conscience de la fatalité constitue la posture tragique par excellence, laquelle (V) est le seul moyen non de supprimer mais de sublimer la souffrance existentielle par une mise en scène qui, (VI) une fois admise et répétée sans réserve, procure la joie de vivre à la fois la plus éphémère et la plus exubérante.

LA POSTURE TRAGIQUE (III - SOUFFRANCE ; IV - FATALITE).

(suite de ...)

LA POSTURE TRAGIQUE (V - MIMESIS ; VI - KATHARSIS).

 (suite de ...)