(Avertissement : ce blog est un blog militant, non seulement par son contenu mais aussi par son statut. J'ai toujours refusé de cautionner la logique de la marchandisation capitaliste, tout particulièrement à l'égard de cette escroquerie idéologique que constitue, à mes yeux, la notion de propriété intellectuelle. Aussi, les divers textes que j'ai rédigés et mis en ligne sont-ils, naturellement, libres de droits. Copiez-les, pillez-les, diffusez-les ! Soyons le plus nombreux possible à penser le plus possible !)

lundi 22 octobre 2018

FREUD, METAPSYCHOLOGIE ET PSYCHANALYSE (I - EPISTEMOLOGIE).

Un certain Michel Onfray, dont on trouve les ouvrages dans les rayons "philosophie" des librairies mais qui est, à l'évidence, plus soucieux de renommée médiatique que de rigueur argumentative, prétend que "Freud prend ses désirs pour la réalité et assène que ce qu'il affirme est vrai pour le monde entier du simple fait qu'il l'affirme. La méthode n'est guère scientifique, convenons-en ... [Par ailleurs] la psychanalyse guérit autant que l'homéopathie, le magnétisme, la radiesthésie, le massage de la voûte plantaire ou le désenvoûtement effectué par un prêtre, sinon la prière devant la grotte de Lourdes. La présence de nombreuses béquilles accrochées à Lourdes en témoignage du pouvoir de Bernadette Soubirous en apporte la démonstration : les guérisons psychosomatiques existent, mais elles ne sont pas la preuve de l'existence de Dieu ni celle que le Christ est ressuscité des morts le troisième jour, encore moins de la résurrection de la chair... On sait aujourd'hui que l'effet placebo constitue 30% des guérisons d'un médicament. Pourquoi la psychanalyse échapperait-elle à cette logique ?"(interview donnée au Nouvel Observateur le 22 avril 2010)1. Nous ne relèverions pas de tels propos dont l'outrance inepte a, par ailleurs, copieusement été analysée et dénoncée par nombre d'authentiques connaisseurs de l’œuvre de Freud, s'ils ne nous semblaient résumer un procès en sorcellerie très main stream qui repose sur le préjugé selon lequel la psychanalyse n'étant pas une science, elle serait inutile dans le meilleur des cas et, au pire, nuisible. Aussi prenons-nous le parti d'ouvrir à nouveaux frais le "dossier" Freud en en confiant l'instruction à quelques uns de ses grands prédécesseurs et de ses lecteurs les plus perspicaces. Ils nous montreront que, si les thèses freudiennes sont manifestement plus proches de classiques assomptions métaphysiques que d'hypothèses scientifiques, elles sont loin pourtant d'être dénuées de valeur dans la mesure où, d'une part, elles ont profondément remanié les fondements de la psychologie mais aussi, d'autre part, elles s'accompagnent d'une katharsis thérapeutique qui s'inscrit dans une tradition pluri-millénaire. Dans cet article, nous analyserons successivement la métapsychologie et la psychanalyse freudiennes de trois points de vue différents mais (pensons-nous) complémentaires : épistémologique, grammatical, esthétique.

FREUD, METAPSYCHOLOGIE ET PSYCHANALYSE (II - GRAMMAIRE).

FREUD, METAPSYCHOLOGIE ET PSYCHANALYSE (III - ESTHETIQUE)

lundi 1 octobre 2018

ARTICLES

Feyerabend et l'anarchisme épistémologique.
Kant, Wittgenstein et l'univers mathématisé de Galilée.
Quine, Durkheim et la "perception" de Dieu.
Philosophie : fins et moyens (I - Philosophie et journalisme)
Philosophie : fins et moyens (II - Philosophie et mathématiques)
Philosophie : fins et moyens (III - Philosophie et littérature)
"Objets impossibles" et principe de contradiction.
Croyance, connaissance et certitude dans le Tractatus de Wittgenstein.
Lire I : Proust et la lecture romanesque.
Lire IV : compréhension, interprétation et autorité chez Arendt, Bourdieu et Wittgenstein.
Lire V : philosophie analytique, littérature et sémantique.
Lire VI : Proust, Leibniz et les monades lisantes.
Lire VII : l'enjeu éthique de la littérature.
Ethique, identité narrative et conscience de soi.
Spinoza : morale ou éthique ?
De la nature des croyances religieuses.
Haine de soi, haine de l'Autre et totalitarisme.
Ne pas croire ce que l'on sait : mensonge à soi-même, schizophrénie et capitalisme.
Conscience de soi, connaissance de soi, intentionnalité et identité.
Le Dieu de Spinoza.
Le jazz comme métaphore de la condition humaine.
Robespierre entre romantisme et spinozisme.
Wittgenstein et la musicalité non-toxique du langage.
Wittgenstein, expressivité verbale et expressivité musicale.
L'éternité du présent.
Sans musique, la vie serait une erreur (Nietzsche).
Nietzsche, la musique, le théâtre et la vie.
Musique et mysticisme : le cas Jankélévitch.
Nécessité du dualisme corps-esprit.
Corps et Âme.
Hypothèse scientifique et modèle explicatif.
Les Yoga-Sûtra de Patanjali : sagesse ou philosophie ?

jeudi 5 juillet 2018

PARADOXE, SCEPTICISME ET SIDERATION.

S'il est vrai que "la philosophie est un combat contre la fascination que des formes d’expression exercent sur nous"(Wittgenstein, le Cahier Bleu, 27), il est une forme d'expression qui nous fascine depuis toujours et qui, par conséquent, mérite certainement de susciter l'entreprise philosophique : c'est l'expression paradoxale. Admettons avec Julien Dutant que l'"on peut définir un paradoxe comme une conclusion apparemment inacceptable dérivée de manière apparemment valide de prémisses apparemment acceptables". Le cas des paradoxes sorites étant particulièrement intéressant, je voudrais développer à présent deux points qui me paraissent importants : d'abord l'idée que les paradoxes sorites ne sont pas une conséquence du caractère vague de certains prédicats mais plutôt du caractère inexistant des sujets auxquels on attribue ces prédicats, aussi précis soient-ils ; ensuite je montrerai que le paradoxe en général n'est rien d'autre que la forme d'une figure théorique au moyen de laquelle la connaissance savante entend clouer le bec de l'opinion et, partant, la décourager d'agir en produisant un discours exclusif sur ce qu'il convient de qualifier ou non de "réalité".

jeudi 24 mai 2018

MUSIQUE ET MYSTICISME : LE CAS JANKELEVITCH.

Dans sa leçon inaugurale au Collège de France, le pianiste et musicologue Karol Beffa pose cette question : "pourquoi parler de musique ? Ne se suffit-elle pas à elle-même ? En quoi un discours sur la musique permettrait-il de mieux la comprendre ou de mieux l’interpréter ? En quoi permettrait-il de mieux l’entendre et d’en jouir davantage […]. Nombreux sont les courants de pensée qui, au cours des temps, ont considéré la musique comme une forme d’art qui, d’une manière ou d’une autre, excéderait et neutraliserait le langage […]. De nos jours, ces scrupules à discourir sur la musique relèvent plus de la singularité que de la règle. Car c’est à une véritable invasion du commentaire sur l’art que l’on assiste, la musique ne faisant pas exception"(Beffa, comment parler de Musique ?). Or Vladimir Jankélévitch relève, précisément, de cette singularité scrupuleuse qui écrit que "notre curiosité sera déçue si nous en demandons la révélation à je ne sais quelle anatomie du discours musical. Mais si nous convenons enfin qu'il s'agit d'un mystère […] alors nous connaîtrons peut-être ce consentement au charme qui est, en musique, le seul état de grâce"(Jankélévitch, la Musique et l'Ineffable). Nous allons essayer de montrer que, si la logorrhée à propos, tout particulièrement, de la musique est, de loin, le meilleur moyen de décevoir l'amateur de musique, en revanche la considérer comme un mystère requérant un "état de grâce" n'est pas non plus la meilleure manière d'en goûter et d'en faire goûter le "charme".

MUSIQUE ET MYSTICISME : LE CAS JANKELEVITCH (suite et fin).

mercredi 28 mars 2018

NIETZSCHE, LA MUSIQUE, LE THEÂTRE ET LA VIE.

 Comme nous y invite ce grand standard du jazz interprété, ici, par la clarinette de Benny Goodman (01)1, nous allons essayer de comprendre la place que, de tout temps et en tout lieu, la musique a toujours occupé dans la vie des hommes. Si, pour analyser ce problème philosophiquement, nous avons choisi de nous référer à Friedrich Nietzsche, c’est parce que, parmi les (rares) philosophes qui l’ont abordé sérieusement, la musique a toujours été, dans son œuvre et même dans sa vie, une préoccupation constante : pianiste et compositeur lui-même, il déclarait n'avoir jamais été "au fond, peut-être qu'un vieux musicien ambulant"(Nietzsche, Fragments Posthumes, xiv) et même que "[s]on style est une danse"(Nietzsche, Lettre à Rhode, 22 fév. 1884). Aussi, allons-nous essayer de comprendre très précisément ce qu’il entend lorsqu’il écrit que "sans musique la vie serait une erreur [ohne Musik wäre das Leben ein Irrtum]"(Nietzsche, le Crépuscule des Idoles)2.