(Avertissement : ce blog est un blog militant, non seulement par son contenu mais aussi par son statut. J'ai toujours refusé de cautionner la logique de la marchandisation capitaliste, tout particulièrement à l'égard de cette escroquerie idéologique que constitue, à mes yeux, la notion de propriété intellectuelle. Aussi, les divers textes que j'ai rédigés et mis en ligne sont-ils, naturellement, libres de droits. Copiez-les, pillez-les, diffusez-les ! Soyons le plus nombreux possible à penser le plus possible !)

samedi 10 novembre 2007

QUELLES SONT LES PARTS DU NATUREL ET DU CULTUREL DANS NOTRE PERSONNALITE ?

C1 - QUELLES SONT LES PARTS DU NATUREL ET DU CULTUREL DANS NOTRE PERSONNALITÉ ?

Le ça est la partie obscure de notre personnalité, et le peu que nous en savons, nous l’avons appris en étu­diant l’élaboration du rêve et la formation du symptôme névrotique […]. Le ça tend seulement à satisfaire les be­soins pulsionnels, en se conformant au principe de plaisir. Les processus qui s’y déroulent n’obéissent pas aux lois logiques de la pensée : pour eux, le principe de contradiction n’existe pas, [aussi] le ça ignore-t-il les jugements de valeur, le bien, le mal, la morale […]. Le moi a pour mission d’être le représentant du monde extérieur aux yeux du ça, et pour le plus grand bien de ce dernier. En effet, sans le moi, le ça, aspirant aveuglément aux satisfactions des pulsions, viendrait imprudemment se briser contre cette force extérieure plus puissante que lui […]. Ainsi, le principe de plaisir, qui domine de façon absolue dans le ça, est-il détrôné par le principe de réalité, plus propre à as­surer sa sécurité et sa réussite […]. Donc le moi n’est qu’une partie du ça opportunément modifiée par la pression d’un monde extérieur menaçant. En somme, le moi doit réaliser les intentions du ça en parvenant à découvrir les circonstances favorables à leur réalisation. [Dans cette tâche, le moi est puissamment aidé par] le surmoi qui est le dépositaire de la conscience morale et qui dérive de l’influence exercée par les parents et les éducateurs.
Freud – Nouvelles Conférences sur la Psychanalyse

Contexte : Freud est un médecin autrichien de la fin du XIX° et du début du XX° siècles. Il est connu essentiellement pour être l'inventeur de la psychanalyse.

Dans ce texte, Freud s'oppose
- contre la plupart des philosophes, à l'idée que le psychisme humain serait simple et homogène
- et contre des philosophes comme Descartes ou Platon, à l'idée que le psychisme humain serait dominé par la conscience.
Il défend donc
- l'idée que le psychisme humain est complexe, composé de trois instances hétérogènes que sont le moi, le surmoi et le ça1
- l'idée que le psychisme humain est, en grande partie, constitué de phénomènes inconscients (le surmoi et le ça), la conscience (le moi) n'étant en quelque sorte que la partie émergée de l'iceberg.

"Le ça est la partie obscure de notre personnalité, et le peu que nous en savons, nous l’avons appris en étu­diant l’élaboration du rêve et la formation du symptôme névrotique […]."
Dans notre personnalité, il y a donc une "partie obscure", nous dit Freud. Mais obscure par rapport à quoi ? La plupart des philosophes ont considéré que rien n'était plus facile à l'homme que de s'observer "de l'intérieur", par introspection (en latin intro specto, "je regarde à l'intérieur") consciente. Eh bien, c'est faux, dit Freud, parce qu'il y a une partie importante de notre psychisme qui est obscure à l'introspection consciente. Autrement dit, cette "partie obscure" de notre personnalité est une partie inconsciente de nous-même.
Mais alors, dirons-nous, comment pouvons-nous savoir quoi que ce soit sur cette "partie obscure", étant donné que
- elle est psychique donc inaccessible à l'observation extérieure
- elle est inconsciente donc inaccessible à l'observation intérieure.
Freud répond d'abord, modestement, que nous en savons peu de choses ("le peu que nous en savons"). Mais, ce que nous en savons, nous l'avons appris indirectement, en observant les effets et non directement en observant les causes. Par exemple, il y a deux manières d'observer un phénomène astronomique : en observant directement, au télescope, le corps céleste qui nous intéresse (ex. : Galilée observant les satellites de Jupiter) ; en observant indirectement un corps céleste que nous ne pouvons pas voir mais dont nous pouvons constater les effets (ex. Le Verrier observant les effets gravitationnels de la planète Neptune qu'il ne peut pas voir). Freud, qui a une formation scientifique, adopte la deuxième démarche : puisqu'il ne pas "voir" le ça inconscient, il va en observer indirectement les effets dans le cadre d'une nouvelle activité qu'il va lui-même baptiser psychanalyse ( de l'allemand Psychoanalyse, "analyse psychique").
Ces effets indirects qui sont, pour Freud, le témoignage de l'existence de cette "partie obscure de notre personnalité" sont d'abord les névroses. Freud, qui est médecin, à l'origine, constate en effet que certain(e)s de ses patient(e)s sont atteint(e)s de troubles dont on ne peut déceler de cause physiologique. Il en infère alors que les troubles dont souffrent ces malades ont des causes psychiques. Et comme les malades sont incapables de se souvenir de l'origine de leurs troubles, Freud ajoute qu'ils doivent concerner une partie inconsciente du psychisme. Des souffrances dont l'origine est probablement à la fois psychique et inconsciente, telle est la définition des symptômes névrotiques.
De même, le rêve est une source inépuisable d'observations indirectes de la "partie obscure de notre personnalité" pour le psychanalyste. Depuis toujours, en effet, les rêves ont fasciné et dérouté les hommes à cause de leur caractère parfois inexplicable. Freud va être l'un des premiers à considérer l'aspect farfelu de certains rêves comme un indice de la présence et du fonctionnement d'une instance inconsciente de notre personnalité. Freud ira même jusqu'à faire la supposition que le rêve n'est qu'une satisfaction symbolique de certaines pulsions sexuelles et/ou agressives qui ont été préalablement refoulées dans notre inconscient.
D'où la question : mais alors qu'apprenons-nous sur le ça inconscient à partir de l'observation des rêves et des symptômes névrotiques ?

"Le ça tend seulement à satisfaire les be­soins pulsionnels, en se conformant au principe de plaisir. Les processus qui s’y déroulent n’obéissent pas aux lois logiques de la pensée : pour eux, le principe de contradiction n’existe pas, [aussi] le ça ignore-t-il les jugements de valeur, le bien, le mal, la morale […]."
Le principe de fonctionnement du ça inconscient c'est, nous dit Freud, le principe de plaisir. Pour comprendre ce qu'est le principe de plaisir, il faut se rappeler que, pour Freud, toute notre vie psychique est déterminée par nos pulsions. Or, une pulsion étant le représentant psychique d'une excitation indiquant un besoin du corps, il est facile de comprendre que le seul moyen de supprimer une pulsion, c'est de satisfaire le besoin du corps correspondant, autrement dit d'éprouver le plaisir indiquant que ce besoin est satisfait. Le principe de plaisir est donc le principe fondamental qui gouverne notre psychisme : toute pulsion exige d'être satisfaite en éprouvant du plaisir. On en déduit que, si le ça est la partie inconsciente de notre personnalité, c'est parce que, naturellement, les besoins du corps et leur correspondants psychiques, les pulsions, n'ont nul besoin de conscience pour se satisfaire. Le principe de plaisir est donc la seule loi à laquelle obéisse le ça, parce que c'est une loi de la nature. Les autres lois, celles qui sont ajoutées par la culture humaine, les lois logiques (ne pas se contredire, etc.), les lois morales (ne pas mentir, etc.), les lois juridiques (ne pas dépasser telle vitesse, etc.), ne concernent pas le ça inconscient. Voilà la première connaissance que nous acquérons sur la partie obscure de notre personnalité, par exemple à travers l'étude du rêve : ce qui fait apparaître le rêve souvent absurde, c'est justement qu'il n'obéit pas aux lois logiques (il n'est pas rare que l'on soit à deux endroits en même temps, ou qu'on soit simultanément deux personnes différentes). De même, l'analyse du symptôme névrotique montre l'absurdité de certains de nos comportements (il est absurde d'avoir peur d'une inoffensive araignée, par exemple, comme dans la névrose phobique).
Mais alors, pourquoi notre personnalité psychique ne se réduit-elle pas au ça ?

"Le moi a pour mission d’être le représentant du monde extérieur aux yeux du ça, et pour le plus grand bien de ce dernier. En effet, sans le moi, le ça, aspirant aveuglément aux satisfactions des pulsions, viendrait imprudemment se briser contre cette force extérieure plus puissante que lui […]. Ainsi, le principe de plaisir, qui domine de façon absolue dans le ça, est-il détrôné par le principe de réalité, plus propre à as­surer sa sécurité et sa réussite […]."
Nous avons dit que la partie obscure de notre personnalité, le ça, a le principe de plaisir pour seule loi. Or, comme ce principe est une loi de la nature, on peut en déduire que le ça est la partie naturelle de notre personnalité psychique. C'est-à-dire que, comme tous les êtres vivants, notre corps biologique éprouve des besoins qu'il s'agit de satisfaire, et, comme les êtres vivants les plus évolués (les oiseaux et les mammifères, par exemple), ces besoins s'accompagnent de signaux psychiques, les pulsions dont la fonction est d'indiquer par la sensation de plaisir que le besoin est satisfait. Tous les animaux supérieurs fonctionnent sur ce principe. Pourquoi donc l'homme est-il le seul être à avoir un psychisme composé, en plus du ça, d'un surmoi et d'un moi conscient ? La meilleure réponse se trouve dans une comédie de Beaumarchais intitulée le Mariage de Figaro, acte II, scène 21 : "Boire sans soif et faire l'amour en tout temps, Madame, il n'y a que ça qui nous distingue des autres bêtes". Autrement dit, par une bizarrerie de la nature, l'homme est le seul être vivant dont les besoins n'aient pas de limite naturelle. Alors que les bêtes s'arrêtent de boire quand elles n'ont plus soif, de copuler lorsque ce n'est plus la saison des amours, les hommes continuent : ils sont potentiellement insatiables. La conséquence, c'est que, la partie obscure de ma personnalité, mon ça inconscient gouverné par le principe de plaisir se heurterait à tous les autres ça, tout aussi insatiables s'il n'était pas limité par d'autres barrières que les limites naturelles : les interdits culturels.
Et ce sont ces interdits qui constituent ce que Freud appelle le principe de réalité. Celui-ci n'est pas la négation du principe de plaisir mais son aménagement : il ne s'agit pas de nier les pulsions et de nier l'exigence de satisfaction de celle-ci, mais de canaliser, d'encadrer la satisfaction de certaines pulsions qui, si elles n'était pas limitée, entraînerait des conflits destructeurs pour le ça inconscient des hommes. Concrètement, il s'agit donc, à travers le principe de réalité de différer la satisfaction des pulsions les plus problématiques pour la vie en société, à savoir certaines pulsions sexuelles et certaines pulsions agressives. Les différer, cela veut dire d'une part que ces pulsions ne peuvent être satisfaites au moment où elles se manifestent et/ou ne peuvent être satisfaites de la manière dont elles se manifestent. C'est le principe de réalité qui permet donc de comprendre qu'il existe des pulsions qui, dans un premier temps, sont refoulées, c'est-à-dire interdites de satisfaction, puis, dans un second temps, sont satisfaites symboliquement, c'est-à-dire satisfaites mais pas sur le mode sexuel et/ou sur le mode agressif.
C'est pourquoi l'être humain est le seul être biologique qui nécessite une éducation. Éduquer un homme, dit Freud, cela signifie faire passer son psychisme du principe de plaisir au principe de réalité. Et pour que ce passage soit possible, il va falloir que le ça inconscient de chacun soit secondé par un moi conscient, c'est-à-dire une instance psychique qui soit capable d'élaborer des stratégies complexes afin de satisfaire des pulsions à des moments et selon des modes qui soient compatibles avec la présence d'autres moi conscients qui ont les mêmes aspirations. C'est pour cela que Freud insiste sur le rôle d'ambassadeur du moi conscient à l'égard du ça inconscient. Ce qui veut dire à la fois que ma conscience est au service de mon inconscient de même que l'ambassadeur est au service du chef d'État, et que ma conscience va devoir tenir compte des autres consciences, elles-mêmes au service des autres inconscients. Bref, Freud et la psychanalyse mettent fin à l'illusion d'une soi-disant domination de la conscience sur le psychisme humain.
Est-ce à dire alors que notre conscience n'a plus aucune autonomie ?


"Donc le moi n’est qu’une partie du ça opportunément modifiée par la pression d’un monde extérieur menaçant. En somme, le moi doit réaliser les intentions du ça en parvenant à découvrir les circonstances favorables à leur réalisation."
En effet, le ça, la partie obscure de notre personnalité, est une instance psychique inconsciente que nous avons en commun avec tous les animaux et qui ne fonctionne que sur le principe de plaisir. Or, nous avons vu que le principe de plaisir doit être, dans la société humaine, tempéré par le principe de réalité. C'est pour cela que le ça a besoin d'être secondé par le moi qui va accomplir des actes conscients en accord avec les exigences de la société humaine.
Prenons l'exemple du phénomène que Freud appelle "sublimation". Par là, le moi va désirer faire du sport, faire des études, faire de la politique, etc., autant d'activités valorisantes et valorisées dans notre société. Le moi va donc mettre en oeuvre des stratégies plus ou moins rationnelles, mais toujours conscientes pour atteindre des buts précis : battre un record, décrocher un diplôme, se faire élire lors d'un scrutin, etc. Mais ce que le moi ignore, c'est qu'en réalité, il ne fait qu'accomplir des actes qui sont dictés par la nécessité pour le ça de satisfaire des pulsions agressives et/ou sexuelles que la société interdit de satisfaire. Aussi, en pratiquant ces activités socialement valorisantes et valorisées, le moi éprouve du plaisir, ce qui est la preuve que des pulsions sont satisfaites. Et comme il n'existe pas de pulsion de sport ou de pulsion d'étude ou de pulsion de politique, mais seulement des pulsions correspondant à des besoins naturels et impérieux du corps, le plaisir éprouvé par le moi conscient en faisant du sport est l'indice de la satisfaction des pulsions enfouies dans le ça.
On pourrait en dire autant d'un autre phénomène que Freud a beaucoup étudié : le rêve. Lorsque le moi conscient se rappelle, au réveil, un rêve agréable, il ne se souvient que d'un climat étrange et plaisant. Le moi raconte son rêve et rit de son incongruité (ce que Freud appelle "le contenu manifeste" du rêve). Mais ce qu'il ignore, c'est, encore et toujours, qu'il a probablement, à travers le rêve, satisfait une pulsion inconsciente sur l'ordre du ça (ce que Freud appelle "le contenu latent", du latin latens, "ce qui se cache").
Dans tous les cas, qu'il s'agisse de rêve ou de sublimation, on voit donc bien que le moi n'est que le jouet du ça. Cette thèse de Freud a fait (et fait encore aujourd'hui) scandale, puisqu'elle revient à dire, contre la plupart des philosophes (notamment Platon ou Descartes)
- que la conscience (le moi) n'est pas libre mais déterminée par l'inconscient (le ça)
- que le moi conscient est toujours dupé par le ça inconscient
- que je ne suis pas essentiellement moi mais que je suis ça
- que la différence entre l'homme et l'animal est finalement très mince.
Or, dans la mesure où nous avons dit que le moi conscient devait tenir compte des aspirations, non seulement du ça inconscient, mais aussi des autres moi conscients, ne doit-on pas dire que le moi conscient est également le jouet des règles sociales ?


"[Dans cette tâche, le moi est puissamment aidé par] le surmoi qui est le dépositaire de la conscience morale et qui dérive de l’influence exercée par les parents et les éducateurs."
Freud termine en précisant que la subordination du moi conscient au ça inconscient se double d'une subordination à une troisième instance psychique, largement inconsciente elle aussi, le surmoi. En effet, comme son nom l'indique, le surmoi a pour fonction de contrôler le moi, mais pas dans le même sens que le ça. Car si le ça est la partie obscure de notre personnalité dont la fonction est de satisfaire les pulsions, le surmoi est plutôt la partie obscure de la société. C'est-à-dire que le ça et le moi sont les deux aspects, l'un inconscient, l'autre conscient, de notre personnalité. Tandis que le surmoi est, nous dit Freud, le résultat de l'intériorisation psychique de toutes les règles sociales. Autrement dit, le surmoi est l'ambassadeur de la société, tout comme le moi est l'ambassadeur du ça. Ou, pour faire une autre analogie, si le moi est l'ambassadeur du chef d'État (le ça), le surmoi est l'ambassadeur du pays ennemi (la société) auprès du chef d'État. Ce qui veut dire que le moi conscient est tributaire, non seulement du ça inconscient et de sa loi naturelle (le principe de plaisir), mais aussi du surmoi inconscient et de sa loi culturelle (le principe de réalité). Ce qui réduit à presque rien l'autonomie réelle de la conscience.
Concrètement, le surmoi est une instance psychique qui se constitue tout au long du processus d'éducation par l'apprentissage de toutes les règles sociales. Mais, comme l'éducation aux règles sociales est d'autant plus efficace et durable qu'elle est plus précoce, on peut dire qu'elle se construit en grande partie dans la toute petite enfance, et en tout cas, bien avant l'émergence du moi conscient. Ce qui est une garantie d'efficacité, les règles ne pouvant être jugées, critiquées, voire rejetées, mais au contraire étant incorporées (du latin in corpore, "dans le corps"), c'est-à-dire inscrites dans les habitudes corporelles les plus élémentaires (la partie intellectuelle et consciente du surmoi, ce qu'on appelle la "conscience morale", est à la fois tardive et marginale par rapport à la masse des habitudes inconscientes) : manger proprement, aller aux toilettes, se laver, se vêtir, parler sa langue maternelle, être poli, aller à l'école, avoir des horaires de repas et de sommeil, etc. Or, dans la mesure où l'incorporation de ces règles sociales est le plus souvent inconsciente, l'enfant les apprend par imitation de ses parents et de ses éducateurs, et sans que ceux-ci soient obligés d'expliquer quoi que ce soit, et même, souvent, de parler. Ce qui fait dire à Freud que le processus d'éducation n'est pas une relation entre le moi conscient des parents ou des éducateurs et le moi conscient de l'enfant, mais une relation entre le surmoi inconscient des parents ou des éducateurs et le surmoi inconscient de l'enfant.
Quant aux relations que le surmoi entretient avec le moi et avec le ça, on peut les résumer en disant que le surmoi est ce que Freud appelle "une instance de censure". Ce qui veut dire que le surmoi (le représentant de la société) va en quelque sorte s'interposer (inconsciemment) entre les pulsions éprouvées par le ça et la satisfaction de celles-ci par le moi. Deux cas limites peuvent alors se présenter (entre les deux extrêmes, il y a bien entendu une infinité de cas possibles)
- si la pulsion n'entre pas en conflit avec les règles sociales (par exemple, j'ai soif, et il n'est pas interdit de boire), le surmoi autorise la pulsion à être satisfaite par un comportement conscient du moi (je passe devant une fontaine, je me dirige consciemment vers elle et je bois)
- en revanche, si la pulsion entre en conflit avec les règles sociales (c'est le cas le plus souvent pour les pulsions sexuelles et les pulsions agressives, notamment ce que Freud appelle le complexe d'Oedipe et qui est une double pulsion à la fois d'inceste à l'égard du parent de sexe opposé et de meurtre à l'égard du parent de même sexe, et que tout enfant éprouve à un stade précoce de son développement), le surmoi censure la pulsion, il la refoule dans le ça, lui interdisant alors à la fois de devenir consciente et, surtout, d'être satisfaite.
C'est évidemment le deuxième cas qui est le plus intéressant. Car lorsqu'une pulsion est refoulée par le surmoi, certes, cela veut dire que les règles de la société n'autorisent pas sa satisfaction. Or la pulsion refoulée n'est nullement supprimée, car le ça exige sa satisfaction. Le rôle du surmoi va donc être alors de différer la satisfaction des pulsions les plus problématiques, à la fois dans le temps (une pulsion ne se satisfera pas forcément au moment où elle se manifeste) et dans la manière (une pulsion sexuelle ou agressive ne se satisfera pas forcément sous une forme sexuelle ou agressive). Bref, la fonction essentielle du surmoi va être de trouver un compromis au nom du principe de réalité en forçant le moi conscient à satisfaire symboliquement (indirectement) les pulsions refoulées dans le ça, par exemple sous la forme du rêve ou de la sublimation dont on a parlé plus haut. Le cas le plus dramatique survient lorsque tout compromis est impossible entre le ça et le surmoi. Car alors les pulsions refoulées se manifestent par une frustration (rappelons qu'une pulsion signale un besoin du corps) qui, si aucune solution n'est trouvée, dégénère en véritable souffrance dont le moi conscient ignore l'origine : c'est la névrose.
Et si la psychanalyse a été inventée par Freud, ce n'est pas simplement pour comprendre, c'est aussi pour soigner ces névroses en tentant de réconcilier ces trois instances de notre psychisme que sont le ça, le surmoi et le moi, donc pour tenter de réconcilier la part naturelle de notre personnalité (le ça) avec ses parts culturelles (le moi et le surmoi).
 
1Pour comprendre l'explication qui va suivre, il est préférable d'avoir sous les yeux le schéma dynamique des phénomènes psychiques chez Freud.