(Avertissement : ce blog est un blog militant, non seulement par son contenu mais aussi par son statut. J'ai toujours refusé de cautionner la logique de la marchandisation capitaliste, tout particulièrement à l'égard de cette escroquerie idéologique que constitue, à mes yeux, la notion de propriété intellectuelle. Aussi, les divers textes que j'ai rédigés et mis en ligne sont-ils, naturellement, libres de droits. Copiez-les, pillez-les, diffusez-les ! Soyons le plus nombreux possible à penser le plus possible !)

mercredi 30 janvier 2013

COUCOU !

CET ESPACE INFORMEL EST RESERVE A MES ANCIENS ELEVES ET ... A MES ANCIENS COLLEGUES  ET ... A TOUS MES CAMARADES, FINALEMENT ! (postez un commentaire ou un message ; je vous répondrai dès que possible).


Philippe Jovi. 

HOMMAGE A GERARD SIMIAND.

La veille du 15 août 2012, Monsieur Gérard Simiand nous a quittés. Il est parti dans la discrétion, la dignité et le courage. Il est parti tel qu'en lui-même.

Au début de l'année 2012, je lui avais adressé mes voeux en évoquant l'empreinte indélébile que son dynamisme et son humanité laisseraient nécessairement au Lycée Jean Cocteau. Sans doute un peu surpris de l'éloge, il me répondit : "Cocteau est un lieu un peu en dehors du temps, aussi bien par son architecture que par le professionnalisme parfois un peu exacerbé de ses enseignants mais aussi par la camaraderie et l'amitié qui règnent dans le lycée. " Tout comme le bon artisan s'étonne qu'on puisse lui attribuer la réussite de l'objet qu'il a façonné, Monsieur Simiand l'imputait modestement à la qualité du matériau.

Et il terminait son message par ces vers d'Aragon :

"Celui qui croyait au ciel celui qui n'y croyait pas
Il coule, il coule, il se mêle à la terre qu'il aima
Pour qu'à la saison nouvelle mûrisse un raisin muscat

Celui qui croyait au ciel celui qui n'y croyait pas
L'un court et l'autre a des ailes de Bretagne ou du Jura
Et framboise ou mirabelle le grillon rechantera
Dites flûte ou violoncelle le double amour qui brûla
L'alouette et l'hirondelle la rose et le réséda.
"

"Et quand vient l'aube cruelle ..." le grillon ne chante plus. Il n'y aura plus de saison nouvelle.

Il nous reste l'élégance de la rose et la mélancolie du réséda.

Philippe Jovi.

mardi 8 janvier 2013

"DROIT DU PLUS FORT" : NON-SENS OU ERREUR ? (LECTURE WITTGENSTEINIENNE DE ROUSSEAU)

"Le plus fort n’est jamais assez fort pour être le maître s’il ne transforme sa force en droit et l’obéissance en de­voir. De là le droit du plus fort. [Mais] la force est une puissance physique, je ne vois point quelle moralité peut résulter de ses effets. Céder à la force est un acte de nécessité, non de volonté, c’est tout au plus un acte de prudence. En quel sens pourra-ce être un devoir [...] ? Car sitôt que c’est la force qui fait le droit, l’effet change avec la cause, toute force qui sur­monte la première succède à son droit. Sitôt qu’on peut désobéir impunément on le peut légitimement. Et puisque le plus fort a toujours raison, il ne s’agit que de faire en sorte qu’on soit le plus fort. Or, qu’est-ce qu’un droit qui périt quand la force cesse ? S’il faut obéir par force, on n’a pas besoin d’obéir par devoir, et si l’on n’est plus forcé d’obéir, on n’y est plus obligé. On voit donc que ce mot de droit n’ajoute rien à la force : il ne signifie ici rien du tout [...]. Convenons donc que force ne fait pas droit et qu’on n’est obligé d’obéir qu’aux puissances légitimes"(Rousseau, du Contrat Social, I, 3).
Lorsque Rousseau dit que, dans l'expression "droit du plus fort", "ce mot de droit n’ajoute rien à la force : il ne signifie ici rien du tout"(op. cit.), le philosophe analytique se demande si le prétendu "non-sens" dont il est fait état par l'auteur est véritablement un non-sens conceptuel ou s'il n'est pas plutôt une appellation emphatique pour dire que c'est une erreur empirique monstrueuse. En d'autres termes le prétendu "droit du plus fort" est-il une expression du type "carré rond" ou du type "montagne d'or" ? Lorsqu'il écrit "le plus fort n’est jamais assez fort pour être le maître s’il ne transforme sa force en droit et l’obéissance en de­voir"(op. cit.), veut-il dire qu'un rond n'est jamais un carré s'il ne transforme ses arcs en côtés et ses diamètres en diagonales, ou veut-il dire qu'une montagne n'est jamais une montagne d'or si elle n'est composé d'éléments chimiques dont le numéro atomique est 79 ? En termes wittgensteiniens, est-il logiquement impensable qu'un fait corresponde à un énoncé qui contiendrait l'expression "droit du plus fort" parce qu'un tel énoncé serait vide de sens (sinnlos), dépourvu de signification (unsinnig), ou bien est-il empiriquement faux qu'un fait y corresponde ? Il m'a semblé que ce que Rousseau établit dans ce passage, ce n'est pas, en dépit des apparences, que l'expression "droit du plus fort" est une contradiction ou une absurdité comme il le prétend, mais plutôt une erreur factuelle. Je vais donc essayer de faire pour l'argument du "droit du plus fort" ce que d'autres ont fait à propos du cogito cartésien (cf. Philosophie Analytique vs Philosophie Continentale -un exemple-).

Appelons donc R cet énoncé de Rousseau : "le droit n'ajoute rien à la force", et non-R sa contradictoire : "le droit ajoute quelque chose à la force", le verbe "ajouter" étant manifestement pris au sens de la logique de Port-Royal, c'est-à-dire consistant en une opération sémantique de détermination d'une idée par une autre1. À sa suite, Rousseau affirme que l'expression "droit du plus fort" est "du galimatias inexplicable", ou encore, "ne signifie rien du tout". D'où le problème que nous posons : cette expression, pourtant fort courante, mérite-t-elle, dans le contexte de son énonciation, sa qualification de non-sens (ou galimatias, ou absurdité, ou ...) ou doit-elle être requalifiée en simple erreur ? En effet, du point de vue wittgensteinien que nous avons choisi d'adopter, de deux choses l'une :
1 - ou bien non-R est un non-sens conceptuel (et, bien entendu, R aussi), ce qui confirmerait Rousseau
2 - ou bien non-R est une erreur empirique (et R une vérité empirique), ce qui rectifierait Rousseau.

1 - Affirmer que non-R est un non-sens conceptuel, c'est, de deux choses l'une :
1a - soit affirmer que non-R est un non-sens logique (non-R est sinnlos)
1b - soit affirmer que non-R est un non-sens métaphysique ou grammatical (non-R est unsinnig).

1a - Pour que non-R soit un non-sens logique, il faudrait démontrer que cet argument est contradictoire (ou, éventuellement, que R est tautologique, si on admet le principe du tiers exclu). Or, il est patent que Rousseau ne le "démontre" pas, ni directement, ni indirectement (par raisonnement par l'absurde). Il ne conclut pas formellement que la classe S1 des situations subsumées sous le concept O ("obligation morale d'obéir au droit impérissable") est disjointe de la classe des situations S2 subsumées sous le concept C ("contrainte physique de se soumettre à la force périssable"). Pourtant il le présuppose à tout instant car, si ce n'était pas le cas, il devrait admettre qu'il existe au moins une situation S (un exemple de relations sociales réelles) appartenant à la fois à l'extension de O et à celle de C, en d'autres termes une situation qui ne peut être décrite adéquatement qu'en disant que c'est une situation de droit et en même temps de force, donc que le droit peut ajouter quelque chose à la force2. Mais c'est ce que R nie catégoriquement sans le conclure d'une démonstration mais en reformulant R en R1 "la force doit être transformée en droit pour devenir droit", R2 "la force, qui est une puissance physique, n'est en rien modifiée par le droit, qui est une puissance morale", R3 "céder nécessairement à la force n'a pas besoin de l'adhésion volontaire au droit", R4 "l'obéissance à la force se passe de la notion de devoir, contrairement à l'obéissance au droit", R5 "si la force à toujours raison, le degré maximal de contrainte est déjà atteint et ne peut, a fortiori être dépassé par le droit", R6 "si le droit disparaît toujours en même temps que la force, la force n'a nul besoin du droit pour exister". Le problème est que, d'une part, ces reformulations de R sont juxtaposées sans être jamais mises en relation de consécution logique (d'où l'impression de circularité de l'argumentation ainsi qu'un effet d'accumulation typiquement rhétorique), d'autre part qu'aucune de ces reformulations n'exhibe la forme de la contradiction : 
- ni du point de vue syntaxique : la forme "p et non-p", soit, en langage vernaculaire, "la force se suffit à elle-même et la force a besoin du secours du droit", ne se montre jamais
- ni du point de vue sémantique : ce qui se montre ne peut se dire, donc ne peut nous apporter la moindre information sur le monde, "ce qui peut être montré ne peut être dit"(Tractatus, 4.1212), or, il semble bien que R nous apprenne quelque chose et donc dise bien quelque chose
- ni du point de vue sémiotique : l'infraction d'un principe logique comme celui de non-contradiction doit entraîner l'impensabilité, c'est-à-dire l'irreprésentabilité de ce qui, précisément, l'enfreint : "le caractère a priori de la logique consiste dans l'impossibilité de rien penser d'illogique"(Tractatus, 5.4731), ce qui n'est manifestement pas le cas de non-R
- ni du point de vue psychologique : l'impossibilité de non-R et la certitude de R sont loin de sauter aux yeux, or "certitude, possibilité ou impossibilité d’une situation ne s’expriment pas au moyen d’une proposition, mais par ceci qu’une expression est une tautologie, une proposition pourvue de sens ou une contradiction"(Tractatus, 5.525).

Pour toutes ces raisons, il semble difficile de dire que non-R est une contradiction, c'est-à-dire un non-sens logique, bref, que non-R est sinnlos.

1b - Pour que non-R soit, toujours d'un point wittgensteinien, un non-sens métaphysique ou grammatical3, il faudrait que non-R ait fait l'objet d'une analyse grammaticale qui conclue, non plus que l'argument est formellement contradictoire, mais qu'il est absurde (unsinnig). "Droit" aurait alors, dans "le droit ajoute quelque chose à la force", le même statut qu'"identique" dans "Socrate est identique" (cf. Tractatus, 5.4733), à savoir qu'il serait tout bonnement dépourvu de référence (Bedeutung), ce que dit d'ailleurs explicitement Rousseau : "ce mot de droit [...] ne signifie ici rien du tout". Il semblerait exister là une voie plus prometteuse d'exploration de l'argumentation de Rousseau. Mais de nouvelles difficultés surgissent bientôt. Car, s'il s'agit à présent d'examiner les relations4 qu'entretiennent les termes constitutifs de l'énoncé non-R, c'est de relations internes qu'il s'agit et pas de n'importe quelles relations. Wittgenstein n'a eu de cesse, en effet, d'établir et de maintenir, tout au long de son parcours philosophique, une distinction définitive (d'aucuns diront "dogmatique") entre ce qui se dit (la contingence empirique de la vérité en tant qu'elle relève de l'expérience sensible : "pour reconnaître si l’image est vraie ou fausse, nous devons la comparer avec la réalité", Tractatus, 2.223) et ce qui se montre (la nécessité logico-grammaticale de la tautologie lato sensu en tant qu'elle procède de la seule réflexion conceptuelle : "de même qu’il n’est de nécessité que logique, de même il n’est d’impossibilité que logique", Tractatus, 6.375). Mais, dire que nous allons nous intéresser exclusivement aux relations internes qu'entretiennent entre eux les termes "droit" et "force" indépendamment, donc, des relations externes qu'entretiennent entre elles les situations empiriques éventuellement dénotées par ces termes, c'est dire que nous allons examiner des relations que lesdits termes ne peuvent pas ne pas avoir, des relations nécessaires donc, en tant que celles-ci sont réputées être données avec les termes reliés eux-mêmes : "quelle est donc la caractéristique des propriétés internes ? Le fait que toujours, invariablement, elles se trouvent dans l'ensemble qu'elles déterminent, en quelque sorte indépendamment des événements extérieurs"(Wittgenstein, Remarques sur les Fondements des Mathématiques, §102). Si je dis, par exemple (cf. op.cit., §104) "le blanc est plus clair que le noir", la relation "être plus clair que" est donnée en même temps que les termes "blanc" et "noir", de sorte que si ce n'est pas le cas, s'il faut vérifier l'existence de cette relation, je peux conclure avec certitude que les relata ne sont pas, respectivement, "blanc" et "noir"). C'est d'ailleurs ce que Rousseau semble dire à propos de la relation "être exclusif de" et du couple [liberté, indépendance] dans le passage suivant :
"On a beau vouloir confondre l’indépendance et la liberté, ces deux choses sont si différentes que même elles s’ex­cluent mutuellement. Quand chacun fait ce qui lui plaît, on fait souvent ce qui déplaît à d’autres [...]. La liberté consiste moins à faire sa volonté qu’à n’être pas soumis à celle d’autrui [...]. Je ne connais de liberté vraiment libre que celle à laquelle nul n’a le droit d’opposer de la résistance [...]. Ainsi la liberté sans la justice est une véritable contradiction [...]. Il n’y a donc point de liberté sans lois, ni où quelqu’un est au-dessus des lois"(Rousseau, Lettres écrites de la Montagne, VIII).
Rousseau procède là, typiquement, à une analyse grammaticale des termes "liberté" et "indépendance" pour conclure que l'indépendance nie la liberté (mon indépendance entraîne une subordination d'autrui à ma volonté et, par réciprocité, ma subordination à la volonté d'autrui) et que la liberté nie l'indépendance (la liberté est une certaine sorte de dépendance, la dépendance à l'égard des lois sous réserve que celles-ci soient l'expression de la volonté générale). D'où l'exclusion mutuelle de la liberté et de l'indépendance, relation d'exclusion mutuelle qui, dans l'analyse de Rousseau, est constitutive des relata "liberté" et "indépendance". Or, qu'en est-il pour les termes "droit" et "force" reliés par la relation "n'ajoute rien à" ? Si cette relation est contingente au lieu d'être nécessaire, avons-nous encore affaire à "droit" et à "force" ? Eh bien, contrairement à l'exemple de la relation "être plus clair que", qui fait partie de l'essence du couple ordonné [blanc, noir], contrairement à la relation "être exclusif de", qui fait partie du couple [liberté, indépendance], il semble que la relation "n'ajoute rien à" ne fasse pas partie de celle du couple [droit, force]. Car, nous dit Wittgenstein, si c'était le cas, cette relation, réputée interne serait tout à la fois intemporelle et paradigmatique :
"Quand nous disons : « cette proposition suit de celle-ci », le verbe « suivre » est employé hors du temps (et cela montre que cette proposition n'exprime pas le résultat d'une expérience. […] Comparer cela à « le blanc est plus clair que le noir ». Cette expression également est hors du temps et elle aussi exprime l'existence d'une relation interne. […] L'image d'une tache noire et d'une tache blanche nous sert simultanément de paradigme de ce que nous comprenons par « plus clair », « plus foncé » et de paradigme pour « blanc » et « noir ». Dans cette mesure, le caractère « foncé » se trouve dans le « noir »"(Wittgenstein, Remarques sur les Fondements des Mathématiques, §§103-104-105).
De même qu'il n'y a aucun sens à dire "le blanc est plus clair que le noir maintenant, mais on ne sait pas s'il en ira de même tout à l'heure", pour Rousseau, il serait absurde de prétendre "l'indépendance et la liberté étaient compatibles hier mais plus aujourd'hui". Rousseau argumente, dans ce passage, dans le plus pur style métaphysicien : il recherche l'essence éternelle et immuable de la liberté et de l'indépendance. En termes wittgensteiniens, il procède donc bien à une analyse grammaticale : "l’essence d’une chose, c’est l’usage grammatical du mot correspondant [...] C’est la grammaire qui dit quel genre d’objet est une certaine chose" (Wittgenstein, Recherches Philosophiques, §§371, 373). Mais est-il aussi absurde, du point de vue même de Rousseau, de dire "le droit n'ajoute rien à la force pour le moment mais qui sait, dans l'avenir ..." ? L'argumentation de Rousseau est, dans du Contrat Social, I, 3, incontestablement moins métaphysicienne et plus moralisante. Il parle de "moralité", de "prudence", de "devoir", de "légitimité", autant de termes qui, avant les Fondements de la Métaphysique des Moeurs de Kant, ne relèvent justement pas d'une métaphysique de l'intemporel extra-mondain mais plutôt, comme dirait Kant, d'une anthropologie du point de vue pragmatique5. Hésitation qui se retrouve au chapitre suivant à propos de l'esclavage : "ainsi, de quelque sens qu'on envisage les choses, le droit d'esclavage est nul, non seulement parce qu'il est illégitime, mais parce qu'il est absurde et ne signifie rien. Ces mots, esclavage et droit, sont contradictoires ; ils s'excluent mutuellement"(Rousseau, du Contrat social, I, iv). Il ne peut y avoir de droit à l'esclavage, le droit ne peut rien ajouter à cet usage limite de la force qu'on appelle "esclavage", nous dit Rousseau, "non seulement parce qu'il est illégitime mais aussi parce que ...". Donc, inter alia, parce qu'il est moralement condamnable. Argument qui ne peut tenir lieu de relation intemporelle, ne fût-ce que parce qu'il n'est pas du tout exclu que cette condamnation ne soit pas universelle.

Mais ce n'est pas tout. Dans l'énoncé R ("le droit n'ajoute rien à la force"), la relation "n'ajoute rien à", dans la mesure où elle n'est pas intemporelle, n'est pas non plus paradigmatique. Si je désire expliquer en quoi consiste la relation "être plus clair que", je peux prendre l'exemple du couple ordonné [blanc, noir]. De même, si je veux faire comprendre ce qu'est une hauteur acoustique moyenne, je prendrai, par exemple, le trio ordonné [violon, alto, violoncelle] et si j'entends préciser ce qu'est un déplacement en diagonal, l'exemple du fou aux échecs sera éclairant. Enfin, dans la métaphysique rousseauïste, nul doute que le couple [liberté, indépendance] exemplifie la relation d'exclusion mutuelle. Aussi, toutes ces propriétés et relations seront-elles dites "internes" puisqu'elles sont, en quelque sorte, indissociables des termes qui sont par elles reliés. Or, si on veut fournir un exemple frappant de ce en quoi consiste la relation "n'ajoute rien à", il me semble qu'on prendra l'exemple des couples [nombre zéro, nombre x], [transparence, couleur], ou bien celui de deux termes réputés synonymes ([célibataire, non-marié], [homme, bipède sans plumes], [eau, H2O], etc...). Mais en quel sens dira-t-on que le couple ordonné [droit, force] est un exemple paradigmatique de la relation "n'ajoute rien à" ? Une preuve supplémentaire de ce défaut d'internalité de ladite relation nous est d'ailleurs fournie par le fait que, comme nous l'avons montré supra en 1a, Rousseau se sent obligé de reformuler sa thèse R en R1, R2, ... R6. Or, que sont ces reformulations non-démonstratives, sinon des tentatives d'interprétation de la relation qui est en question. Ce critère est, pour Wittgenstein, tout à fait significatif : une relation interne se comprend directement, par soi-même, dès lors qu'on a fait état des termes reliés par elle. Elle n'a pas besoin d'être interprétée. Ce qui explique pourquoi, lorsqu'on nous demande d'expliquer en quoi consiste une quelconque relation interne, nous réagissions, non pas en la reformulant, mais en disant : "tu veux savoir ce que c'est que la relation ... ? Eh bien, c'est, par exemple, celle qui existe entre ...".

Décidément, il nous est donc impossible d'affirmer, comme Rousseau nous y convie, que non-R ("le droit ajoute quelque chose à la force") est absurde ("un galimatias incompréhensible"), ou, dans le vocabulaire de Wittgenstein, que non-R est un non-sens métaphysique ou grammatical, bref, que non-R est unsinnig.

2 - Il nous reste à examiner la possibilité qu'en dépit des apparences engendrées par la structure de surface de son argumentation, l'énoncé non-R soit doué de sens (sinvoll) mais tout simplement faux : "un complexe ne peut être donné que par sa description, qui sera vraie ou fausse. Une proposition qui mentionne un complexe qui n'existe pas ne sera pas absurde, mais simplement fausse"(Wittgenstein, Tractatus, 3.24). En effet, "percevoir un complexe signifie percevoir que ses parties constitutives sont dans telle ou telle relation"(op.cit., 5.5423). Bref, une proposition sera fausse, non pas si elle contradictoire comme dans le cas du non-sens logique ou absurde comme dans celui du non-sens métaphysique, mais si, tout en étant douée de sens (sinvoll), ses éléments constitutifs dénotent un complexe6 dont les termes existent bien mais dont les relations, externes cette fois, c'est-à-dire empiriquement constatables, ne sont celles qui sont affirmées par la proposition. Car, différence fondamentale, chez Wittgenstein, entre les énoncés faux et ceux qui sont des non-sens (logiques ou métaphysiques) : dans ceux-ci, tout ou partie des termes sont dépourvus de dénotation (Bedeutung, cf. Tractatus, 4.0312, 5.4, 5.4733, 6.53), tandis que dans ceux-là, c'est tout ou partie des relations (externes) qui font défaut. Une proposition est fausse lorsque donc des objets sont correctement nommés mais qu'ils ne sont pas entre eux dans la relation (Beziehung) décrite par la proposition. Et comme "la proposition positive doit présupposer l’existence de la proposition négative, et vice versa"(Tractatus, 5.5151), dire qu'un énoncé est faux n'est autre chose qu'affirmer que ses conditions de vérités (Wahrheitsbedigungen, cf Tractatus, 4.463), concernant donc l'effectivité des relations et non pas celle des objets, ne sont pas satisfaites bien que ses fondements de vérité7 (Wahrheitsgründe, cf Tractatus, 5.101) soient tout à fait valides. Bref, pour en revenir à notre problème initial, dire que non-R est faux, dire qu'il est faux que le droit ajoute quoi que ce soit à la force, revient à dire, non pas que le terme "droit" est, dans cet énoncé, a priori un terme vide comme le prétend Rousseau (et comme ce serait le cas si non-R était un non-sens logique ou métaphysique), mais que la relation empirique qui régit les rapports entre "droit" et "force" n'est pas que le premier terme "ajoute quelque chose" au second. Alors comment allons-nous à présent établir le statut d'erreur empirique de ce fameux énoncé après avoir, du moins l'espérons-nous, réfuté son statut de non-sens logique ou métaphysique ?

Il me semble que, dans l'ensemble de son oeuvre, Rousseau adopte une posture d'historien ou d'anthropologue beaucoup plus que de logicien ou de métaphysicien. En particulier, sa préoccupation constante de rapporter l'état civil factuel à un état de nature normatif n'a rien d'une spéculation métaphysique. Comparons, par exemple,
"ce n'est donc pas par l'avilissement des peuples asservis qu'il faut juger des dispositions naturelles de l'homme pour ou contre la servitude, mais par les prodiges qu'ont faits tous les peuples libres pour se garantir de l'oppression. Je sais que les premiers ne font que vanter sans cesse la paix et le repos dont ils jouissent dans leurs fers et que miserrimam servitutem pacem appellant, mais quand je vois les autres sacrifier les plaisirs, le repos, la richesse, la puissance et la vie même la conservation de ce seul bien si dédaigné de ceux qui l'ont perdu ; quand je vois des animaux nés libres et abhorrant la captivité se briser la tête contre les barreaux de leur prison, quand je vois des multitudes de sauvages tout nus mépriser les voluptés européennes et braver la faim, le feu, le fer et la mort pour ne conserver que leur indépendance, je sens que ce n'est pas à des esclaves qu'il appartient de raisonner de liberté"(Rousseau, Discours sur l’Origine de l’Inégalité, i)
avec
"dire à un homme qu’il vive en repos, c’est lui conseiller qu’il vive heureux : c’est lui conseiller d’avoir une condition tout heureuse et laquelle il puisse considérer à loisir, sans y trouver sujet d’affliction. Ce n’est donc pas entendre la nature. [...] Ils ont un instinct secret qui les porte à chercher le divertissement et l'occupation au-dehors, qui vient du ressentiment de leurs misères continuelles ; et ils ont un autre instinct secret, qui reste de la grandeur de notre première nature, qui leur fait connaître que le bonheur n'est en effet que dans le repos, et non pas dans le tumulte ; et de ces deux instincts contraires, il se forme en eux un projet confus, qui se cache à leur vue dans le fond de leur âme, qui les porte à tendre au repos par l'agitation, et à se figurer toujours que la satisfaction qu'ils n'ont point leur arrivera, si, en surmontant quelques difficultés qu'ils envisagent, ils peuvent s'ouvrir par là la porte au repos. Ainsi s'écoule toute la vie."(Pascal, Pensées, B139).
Qu'est-ce que l'homme à l'état de nature ? Pour l'un, ce qui se dessine en filigrane derrière les luttes sociales des hommes et derrière l'instinct biologique des hommes, pour l'autre, un être d'essence divine, celle d'avant la "chute" dans la mort et le péché qui, désormais, vont caractériser l'existence des hommes. Réflexion appuyée sur des exemples historiques et des observations empiriques dans un cas, inférence métaphysique (Wittgenstein aurait dit "analyse grammaticale") nourrie des Saintes Écritures8, donc entièrement a priori, dans l'autre. Et, effectivement, si l'un et l'autre s'évertuent à penser le douloureux passage de l'état de nature à l'état civil, contrairement à Pascal, pour Rousseau, comme le dit Jean Starobinski,
"le drame de la chute ne précède donc pas l'existence terrestre ; Rousseau transporte le mythe religieux dans l'histoire elle-même ; il la divise en deux temps : l'un, temps stable de l'innocence, règne tranquille de la pure nature ; l'autre, histoire en devenir, activité coupable, négation de la nature par l'homme [...]. L'état de nature n'est donc que le postulat spéculatif que se donne une « histoire hypothétique », principe sur lequel la déduction pourra prendre appui, en quête d'une série de causes et d'effets bien enchaînés, pour construire l'explication génétique du monde tel qu'il s'offre à nos yeux. Ainsi procèdent presque tous les hommes de sciences et les philosophes de l'époque, qui croient n'avoir rien démontré s'ils ne sont remontés aux sources simples et nécessaires de tous les phénomènes : ils se font donc les historiens des origines de la terre, de la vie, des facultés de l'âme, des sociétés"(la Transparence et l'Obstacle, p.24-26).
En d'autres termes, Rousseau est (comment pourrait-il en être autrement?) un érudit de son temps qui entend substituer, à l'instar des empiristes et des encyclopédistes, l'enquête empirique à la pure spéculation métaphysique, notamment à celle qui se réduit au dogmatisme théologique. Aussi, lorsque l'académie de Dijon lance, en 1752, un concours autour de la question "quelle est l'origine de l'inégalité parmi les hommes et si elle est autorisée par la loi naturelle ?", Rousseau commence-t-il par objecter :
"comment connaître les sources de l'inégalité parmi les hommes si l'on ne commence par les connaître eux-mêmes ? [...] Semblable à la statue de Glaucus, que le temps, la mer et les orages avaient tellement défigurée qu'elle ressemblait moins à un dieu qu'à une bête féroce, l'âme humaine, altérée au sein de la société par mille causes sans cesse renaissantes, par l'acquisition d'une multitude de connaissances et d'erreurs, par les changements arrivés à la constitution des corps, et par le choc continuel des passions, a, pour ainsi dire, changé d'apparence au point d'être presque méconnaissable"(Discours sur l'Origine de l'Inégalité, préf.).
L'analogie de l'état civil de l'humanité avec une statue antique rongée par les outrages du temps laisse, certes, mal augurer de la rigueur méthodologique avec laquelle l'auteur va conduire son enquête historique. Mais, encore une fois, comment pourrait-il en être autrement ? Et si l'on se rappelle que Rousseau a commencé à se faire connaître par ses talents littéraires et pour son intérêt pour l'art musical, on ne s'étonnera plus qu'"une certitude prend corps, qui est d'essence poétique, mais qui se trompe sur sa nature : elle veut parler le langage de l'histoire et prendre à témoin l'érudition la plus sérieuse. La conviction s'impose irréfutablement : tels furent sans conteste les débuts de l'humanité, tel fut bien le premier visage de l'homme"(Jean Starobinski, la Transparence et l'Obstacle, p.26). Bref, avec des moyens et une méthode sans doute contestables, Rousseau entend cependant faire de l'histoire et non pas de la métaphysique, encore moins de la logique :
"Tant que les hommes se contentèrent de leurs cabanes rustiques, tant qu’ils se bornèrent à coudre leurs habits de peaux avec des épines ou des arêtes, à se parer de plumes ou de coquillages, à se peindre le corps de diverses couleurs, à perfectionner ou embellir leurs arcs et leurs flèches, à tailler avec des pierres tranchantes quelques canots de pêcheurs ou quelques grossiers instruments de musique, en un mot, tant qu’ils s’appliquèrent à des ouvrages qu’un seul pouvait faire et qu’à des arts qui n’avaient pas besoin du concours de plusieurs mains, ils vécurent libres, sains, bons et heureux autant qu’ils pou­vaient l’être par leur nature et continuèrent à jouir entre eux des douceurs d’un commerce indépendant. Mais dès l’instant qu’un homme eut besoin du secours d’un autre, dès qu’on s’aperçut qu’il était utile à un seul d’avoir des provisions pour deux, l’égalité disparut, la propriété s’introduisit, le travail devint nécessaire et les vastes forêts se changèrent en des campagnes riantes qu’il fallut arroser de la sueur des hommes et dans lesquelles on vit bientôt l’esclavage et la misère germer et croître avec les moissons"(Rousseau, Discours sur l’Origine de l’Inégalité, ii).
Retenons juste le contraste entre les dernières propositions de chacune des deux phrases emblématiques de ce passage : "[les hommes] continuèrent à jouir entre eux des douceurs d’un commerce indépendant" vs "on vit bientôt l’esclavage et la misère germer et croître avec les moissons". La perte de l'état de nature, le passage à l'état civil est le résultat concret, historique, empirique de l'instauration du rapport de force (voire de servitude) dans les relations sociales. Pour Rousseau, l'homme n'est pas, par nature, un zôon politikon, un animal social. Par suite, si ordre social il doit y avoir (et l'état civil, le status civilis, c'est, par définition, l'état d'ordre social), celui-ci ne peut être que conventionnel. Dès lors, comme l'irréversibilité du temps historique interdit de retrouver le paradis perdu de l'état de nature, "l'ordre social est un droit sacré qui sert de base à tous les autres. Cependant, ce droit ne vient point de la nature. Il est donc fondé sur des conventions"(Rousseau, du Contrat Social, I, 1). Or, de quel droit, de quelles conventions s'agit-il ?
"Résumons en quatre mots le pacte social des deux états [à savoir : l'état de richesse et l'état de pauvreté]. Vous avez besoin de moi car je suis riche et vous êtes pauvre ; faisons donc un accord entre nous : je permettrai que vous ayez l'honneur de me servir, à condition que vous me donnerez le peu qui vous reste pour la peine que je prendrai de vous commander"9(Rousseau, Encyclopédie, tome V, art. "Économie Politique").
Voilà le pacte social originel, c'est-à-dire, pour Rousseau, celui qui marque la transition à l'état civil, à l'état de droit. De ce point de vue, asserter non-R, exciper d'un soi-disant "droit du plus fort", est bien, au sens de Wittgenstein, une erreur. En effet, le droit est une réalité, la force aussi (ce ne sont pas des termes vides mais qui dénotent deux "objets complexes"), seulement la relation qui unit le premier terme au second ne peut pas être "ajouter quelque chose à", ni dans le sens des "jusnaturalistes", ni dans le sens des "positivistes". Pour les théoriciens du droit naturel, les "jusnaturalistes" (Aristote, Grotius, Hobbes, Spinoza, Locke), le droit n'est rien d'autre que l'énergie des rapports de force réputés naturels mise en quelque sorte au service de la paix et de la stabilité sociales. Quant aux théoriciens du droit positif, les "positivistes", dont les premiers représentants, connus de Rousseau, sont Machiavel (dont il est un grand lecteur) ou Pascal, ils considèrent, à rebours des "jusnaturalistes", que les conventions sont le fruit de coutumes contingentes (la fortuna machiavelienne) et non pas de la nature humaine. Or, Rousseau pense, à l'instar des "positivistes", que les rapports sociaux et, a fortiori, l'inégalité sociale, sont historiquement contingents et non pas nécessaires par nature. Il est donc faux de croire, comme les "jusnaturalistes", que le droit peut contribuer à renforcer le lien social : le lien social n'a pas, du point de vue de Rousseau, à être renforcé, mais doit être créé de toute pièce : "la dépendance des hommes étant désordonnée [...] engendre tous [les vices] et c'est par elle que le maître et l'esclave se dépravent mutuellement. S'il y a quelque moyen de remédier à ce mal dans la société c'est de substituer la loi à l'homme et d'armer les volontés générales d'une force réelle supérieure à l'action de toute volonté particulière"(Rousseau, Émile ou de l’Éducation, iv). Cela dit, un lien social qui pérennise des rapport sociaux inégalitaires, surtout s'ils n'ont rien de naturel, ainsi que le croient les "positivistes", est plutôt un facteur de conflit et d'instabilité sociales que le contraire : "tant qu'un peuple est contraint d'obéir et qu'il obéit, il fait bien ; sitôt qu'il peut secouer le joug et qu'il le secoue, il fait encore mieux10"(Rousseau, du Contrat Social, I, 1). Toute la théorie rousseauïenne du contrat social repose sur cette idée : il est historiquement faux que le droit ait jamais renforcé le lien social et il est historiquement faux que le droit ait jamais consolidé une société inégalitaire. Et c'est aux "jusnaturalistes" et aux "positivistes" que Rousseau s'adresse pour leur dire qu'ils commettent une erreur historique et non pas que leurs propos sont, dans l'absolu, dépourvus de signification.

Si le "droit du plus fort" n'avait été qu'un simple non-sens, Rousseau aurait-il mis autant d'acharnement à l'établir ? En effet, nous dit-il, "j'entre en matière sans prouver l'importance de mon sujet. On me demandera si je suis prince ou législateur pour écrire sur la Politique ? [...] Si j'étais prince ou législateur, je ne perdrais pas mon temps à dire ce qu'il faut faire ; je le ferais ou je me tairais"(du Contrat Social, préamb.). Car enfin, la fausseté de non-R est beaucoup plus grave que sa contradiction ou son absurdité : "la vérité ou la fausseté de chaque proposition change assurément quelque chose à la constitution générale du monde"(Wittgenstein, Tractatus, 5.5262), ce qui n'est évidemment pas le cas pour un non-sens. Cependant, conscient du dogme de la préséance du possible sur le réel, Rousseau emploie tout son talent rhétorique à cultiver l'ambiguïté d'une erreur historique paraissant plus grossière encore parée des oripeaux de l'impossibilité logique ou métaphysique.

1 Si je dis "l'homme qui est philosophe", l'idée de "philosophe" détermine celle d'"homme", donc lui ajoute quelque chose ; si, en revanche, je dis "l'homme qui est un bipède sans plume", "bipède sans plumes" n'ajoute rien à "homme", ce qui est donc aussi le cas, d'après Rousseau, pour l'idée de "droit" par rapport à l'idée de "force". 
2De la même manière que le concept "losange" ajoute quelque chose au concept "rectangle" dans la mesure où un quadrilatère qui appartient à la classe des rectangles et en même temps à celle des losanges est un carré. 
3Les deux termes peuvent, ici, être tenus pour synonymes (cf. Recherches Philosophiques, §§371, 373). 
4Y compris les propriétés qui seront traitées, classiquement, comme des relations "unaires" : dire "a est rouge", c'est dire "a entretient la relation « être rouge » avec lui-même". 
5 Exception faite pour Spinoza chez qui, cependant, il n'y a pas, à proprement parler de morale, mais plutôt une éthique (cf. Spinoza : Morale ou Ethique ?
6C'est-à-dire un fait complexe (Tatsache) plutôt qu'un fait simple ou état de choses (Sachverhalt), cf. Tractatus, 2 et sq. 
7Pour Wittgenstein, une différence importante entre un énoncé métaphysique unsinnig et un énoncé logique sinnlos, c'est que le premier n'a aucun fondement de vérité, tandis que le deuxième, étant inconditionnellement vrai (tautologie) ou inconditionnellement faux (contradiction), est, par conséquent, dépourvu de conditions de vérité, mais non de fondements de vérité. 
8"La théologie n’est qu’une affaire de gram­maire"(Wittgenstein, Recherches Philosophiques, §373). 
9Comparer avec : "cher ami, je te donnerai ce qui t’est nécessaire, mais tu connais la condition, tu sais de quelle encre tu dois signer le pacte qui fait de moi ton maître : je te plume en te procurant du plaisir"(Marx, Manuscrits Parisiens de 1844)
10"Quand le gouvernement viole les droits du peuple, l'insurrection est, pour le peuple et pour chaque portion du peuple, le plus sacré des droits et le plus indispensable des devoirs"(Constitution du 24 juin 1793, art.35).