vendredi 2 octobre 2026

LE PRINCE, DEMON ET HISTRION.

 

Lorsqu'on demandait à Coluche à quel moment il cesserait de faire de la politique, il répondait : "dès que les politiciens auront fini de nous faire rire". Coluche disait là tout haut ce que les humoristes ont probablement toujours pensé tout bas, à savoir que le pouvoir politique recèle par nature, bien que souvent à son corps défendant, une indéniable vis comica. Si les personnalités de pouvoir ont, en effet, en tout temps et en tout lieu, toujours été les têtes de turc favorites des humoristes, c'est peut-être parce qu'ils ont toujours été perçus comme une synthèse de ces deux grands thèmes comiques que sont l'autorité et la sexualité, plus précisément, les excès de fureur dans l'une et les excès de lascivité dans l'autre. Deux thèmes qui évoquent l'hubris que célébraient déjà les cortèges antiques des ménades et des satyres dans leurs dithyrambes dionysiaques et qui, d'emblée, ont été exploités par la tragédie grecque qui s'est évertuée à montrer comment la démesure transformait fatalement les meilleurs des hommes (les héros) en monstres sanguinaires. Sauf que, sensiblement contemporaine de la naissance de la tragédie, celle de la comédie se sera servie exactement du même ressort de la violence outrancière du Prince dans ses rapports politiques et dans ses rapports amoureux, juste en les tendant vers un peu plus d'invraisemblance. De sorte que l'on peut se demander si la différence entre le démon et l'histrion n'est pas une simple affaire de mise à distance critique, au moyen d'artifices scéniques appropriés, de la cruauté sans limites inhérente à tout rapport de pouvoir.

LE PRINCE, DEMON ET HISTRION (suite).

 (suite de ...)

lundi 14 septembre 2026

المقاومة - Al Muqawama (Résistance)

Censurer Adèle Haenel, un aveu de complicité avec Israël.


"Mercredi 9 septembre, dans sa « carte blanche » à la Grande Librairie sur France 5, Adèle Haenel, droite, digne et avec beaucoup d’émotion, a dénoncé le silence concernant les violences sexistes et sexuelles, faisant lien avec le silence dont bénéficie l'État d'Israël alors même qu’il commet un génocide en Palestine avec la complicité de la France. Elle a enfin appelé à sanctionner Israël et à libérer la Palestine.

France Télévisions, chaîne publique, a retiré la séquence, puis l'intégralité du replay, invoquant un défaut de « pluralisme (1) ». De quel pluralisme s'agit-il, alors que les voix palestiniennes ne peuvent pas s'exprimer sur les médias dominants ?

Ces éléments de langage ne trompent personne. Exiger une « contradiction » face à un fait documenté depuis plusieurs années maintenant par plusieurs organismes onusiens, par des spécialistes des études sur le génocide, par de nombreuses ONG internationales (dont MSF, Amnesty International, Human Rights Watch, FIDH) et même israéliennes (B'Tselem, Physicians for Human Right) revient à traiter un génocide comme une opinion comme une autre.

Mais ce qui s'est joué cette semaine n'a rien de nouveau. On se souvient du journaliste qui, questionnant Olivier Rafowicz, porte-parole de l'armée israélienne, en lui apportant une contradiction sur TV5, avait été brutalement désavoué par sa hiérarchie. Aujourd'hui, c’est France 5, qui décide de censurer la parole libre qu’elle avait pourtant elle-même offerte. En retirant non seulement la séquence mais l'émission entière, France Télévisions n'a pas cherché à « rééquilibrer » un propos : elle l'a tout simplement supprimé.

Ce réflexe n'est pas isolé. Il s'inscrit dans une longue habitude des médias publics et privés à traiter la solidarité avec la Palestine comme un crime ou une anomalie à corriger, alors que la parole pro-israélienne, quant à elle, circule sans jamais être sommée du contradictoire. Cette asymétrie a un nom : cynisme et complicité. Car elle organise, au nom du pluralisme lui-même, le silence de celles et ceux qui alertent et dénoncent la réalité établie du génocide en cours contre les Palestiniens.

L'UJFP apporte tout son soutien à Adèle Haenel, pour sa parole qui, malgré la censure, a largement circulé grâce aux réseaux de solidarité. Comme cette dernière l’a très justement indiqué, cette suppression ne fait que confirmer son message : l’urgence de la mobilisation.

L'UJFP fait sienne les mots d'Adèle Haenel : "Mais puisque je suis ici, il faut parler pour redire ce qu’il y a dans ce silence, afin que tout le monde l’entende : l’État d’Israël commet un génocide en Palestine et la France est complice. N’acceptez pas l’inacceptable, alors sanctionnez Israël et libérez la Palestine".

(1) Cf. la conception du "pluralisme" que se fait actuellement la direction de Radio-France.

U.J.F.P., 14 septembre 2026.

jeudi 9 avril 2026

TRAGEDIE, FATALITE ET JOIE DE VIVRE.

 

(Ceci est le résumé d'une communication que j'ai faite à la Maison du Yoga du Plan d'Aups le dimanche 29 mars 2026).

L'opéra Carmen de Bizet1, dont nous entendons là l'air de la séguédille du premier acte, est sans doute aujourd'hui le spectacle tragique le plus souvent représenté de par le monde. On sait que Nietzsche, auteur de la Naissance de la Tragédie, avait une totale vénération pour cet opéra dont il dira : "ce qui est bon est léger. Tout ce qui est divin marche d’un pied délicat. […] Cette musique est gaie [d'une] gaieté africaine ; la fatalité plane au-dessus d'elle, la joie est courte, soudaine, sans merci"(Nietzsche, le Cas Wagner, 1888). Et nous verrons en effet que, loin d'être un spectacle lugubre ou démoralisant, la tragédie est une manière d'appréhender avec ivresse et jubilation la fatalité de l'existence humaine, laquelle fatalité rend dérisoire toute volonté de, comme on dit aujourd'hui, "prendre son destin en mains".