(Avertissement : ce blog est un blog militant, non seulement par son contenu mais aussi par son statut. J'ai toujours refusé de cautionner la logique de la marchandisation capitaliste, tout particulièrement à l'égard de cette escroquerie idéologique que constitue, à mes yeux, la notion de propriété intellectuelle. Aussi, les divers textes que j'ai rédigés et mis en ligne sont-ils, naturellement, libres de droits. Copiez-les, pillez-les, diffusez-les ! Soyons le plus nombreux possible à penser le plus possible !)

jeudi 5 mai 2011

QU'ATTEND-ON POUR ÊTRE HEUREUX ?

CORRIGÉ DU D.M.E


E3 – La liberté suffit-elle au bonheur ?

Si l’on recherche en quoi précisément consiste le plus grand bien de tous, qui doit être la fin de tout système de législation, on trouvera qu’il se réduit à deux objets principaux, la liberté et l’égalité : la liberté parce que toute dépendance particulière est autant de force ôtée au corps de l’État ; l’égalité parce que la liberté ne peut subsister sans elle. J’ai déjà dit ce que c’est que la liberté civile1 : à l’égard de l’égalité, il ne faut pas entendre par ce mot que les degrés de puissance et de richesse soient absolument les mêmes ; mais que, quant à la puissance, elle soit au-dessus de toute violence et ne s’exerce jamais qu’en vertu du rang et des lois, et, quant à la richesse, que nul citoyen ne soit assez opulent pour en pouvoir acheter un autre et nul assez pauvre pour être contraint de se vendre. Ce qui suppose, du côté des grands, modérations de biens et de crédit, et, du côté des petits, modération d’avarice et de convoitise. Cette égalité, disent-ils, est une chimère de spéculation qui ne peut exister dans la pratique. Mais si l’a­bus est inévitable, s’ensuit-il qu’il ne faille pas au moins le régler ? C’est précisément parce que la force des choses tend toujours à détruire l’égalité, que la force de la législation doit toujours tendre à la maintenir.
Rousseau – du Contrat Social

1 - A quelle idée l'auteur s'oppose-t-il et quelle idée défend-il ?
L'auteur s'oppose à l'idée que la liberté pourrait être un bien absolu. Il défend l'idée que, tout en étant "le plus grand bien de tous", la liberté est toujours relative dans le sens où il ne peut y avoir de liberté sans égalité et que c'est donc l'égalité qui doit, finalement, être le but de toute législation juste.

2 - En quoi consiste l'intérêt général pour Rousseau ?
Pour Rousseau, l'intérêt général est tout simplement le contraire de l'intérêt particulier. L'intérêt particulier consiste en ce que chacun a tendance, comme le disent les libéraux à "maximiser ses utilités", autrement dit à tirer un profit personnel maximum des circonstances. Ce qui implique notamment que chacun aspire (que cette aspiration soit ou non naturelle n'a aucune importance ici) à établir, à l'égard de ses semblables, un rapport de force gagnant en sa faveur, donc, comme le dit Rousseau, une "dépendance particulière". Or, cet état de "dépendance particulière" est incompatible avec la liberté. Non seulement, cela va de soi, pour celui qui est en position d'infériorité dans le rapport de force, mais également, contrairement à ce que pensent les libéraux, pour le dominant. Car celui-ci n'est jamais assez fort pour être toujours assuré de sa supériorité et sa "liberté" de dominant est donc toujours précaire car toujours menacée de prendre fin dans la violence. Bref, si l'on veut assurer la liberté aux hommes, il faut, de deux choses l'une, ou bien leur garantir l'indépendance absolue, ou bien les maintenir dans un type de dépendance qui ne soit pas de "dépendance particulière", c'est-à-dire de dépendance à l'égard de l'intérêt particulier. Or, la première branche de l'alternative suppose que chacun est seul dans l'univers (comme le Dieu de Spinoza, cf. texte E2), ce qui est absurde. Il reste donc la deuxième possibilité : pour Rousseau, la liberté humaine n'est pas l'indépendance mais une certaine forme de dépendance : la dépendance à l'égard de l'"intérêt général".
L'"intérêt général" est donc l'intérêt non pas de chacun, ni même de tous, mais de la structure qui empêche les hommes d'être victimes de l'intérêt particulier et donc de la dépendance particulière. C'est pourquoi Rousseau écrit qu'il n'y a "de liberté vraiment libre que celle à laquelle nul n’a le droit d’opposer de la résistance". "Nul n'a le droit ..." et non pas "la force ...". La structure qui nous préserve de la dépendance particulière, qui nous protège des rapports de force, est donc, pour Rousseau, le droit, la justice, autrement dit la loi comme "expression de la volonté générale" (et non de la volonté particulière), ainsi que le proclame l'art.6 de la Déclaration des Droits de l'Homme et du Citoyen de 1789. "Ainsi la liberté sans la justice est une véritable contradiction" : pour qu'il y ait liberté, il faut donc qu'il y ait, non pas indépendance de chacun, mais dépendance de tous à l'égard de l'intérêt général, autrement dit de l'intérêt de la loi, seul rempart contre la tyrannie des intérêts particuliers. Le seul rapport de force qui soit compatible avec la liberté est donc cette soumission à l'intérêt général, cette soumission à la force de la loi que Rousseau assimile à l'État. Toute dépendance vis-à-vis d'autrui est dépendance à l'égard d'un intérêt particulier, toute dépendance à l'égard de l'intérêt général est dépendance vis-à-vis de l'État. Et c'est cette forme de dépendance qui, pour Rousseau, garantit notre liberté.

3 - L'égalité est-elle synonyme d'uniformité ?
Certainement pas. Il est facile de déduire de ce que nous avons dit dans la question précédente que l'égalité dont parle Rousseau est une égalité de tous les citoyens devant la loi : "il n’y a donc point de liberté sans lois, ni où quelqu’un est au-dessus des lois". Pour qu'il y ait liberté il faut qu'il y ait des lois qui expriment l'intérêt général, avons-nous dit. Oui mais cette condition n'est pas suffisante. Encore faut-il que personne ne soit "au-dessus" des lois. Car alors (il suffirait qu'un seul individu le soit), on recréerait de la dépendance particulière et "toute dépendance particulière est autant de force ôtée au corps de l’État", donc autant de force en moins pour la loi. Toute dépendance particulière, tout intérêt particulier affaiblit la loi. C'est évidemment en ce sens que "la liberté ne peut subsister sans [l'égalité]", que l'égalité est la condition de possibilité de la liberté entendue comme absence de dépendance particulière.
Dès lors, on ne voit pas très bien pourquoi l'égalité selon Rousseau devrait être synonyme d'uniformité comme le lui reprochent les libéraux. Pour eux, en effet, l'égalité est une contrainte insupportable qui nie les singularités individuelles et donc, in fine, qui nie la liberté elle-même. Pour les libéraux, donc, liberté et égalité sont contradictoires, raison pour laquelle ils prônent une intervention minimale de l'État et de la loi : il s'agit de ne pas uniformiser les conditions sociales et donc entraver la liberté individuelle d'être soi-même en faisant, éventuellement, reconnaître et valoir ses propres talents en termes de puissance et de richesse. Or, nous dit Rousseau, "à l’égard de l’égalité, il ne faut pas entendre par ce mot que les degrés de puissance et de richesse soient absolument les mêmes". L'égalité vue par Rousseau est une égalité non pas matérielle (en termes de biens possédés) mais formelle (en termes de principes à respecter). Marx (cf. texte C3) et les marxistes vont d'ailleurs considérablement le critiquer sur ce point. Et ce principe absolu à respecter, pour Rousseau, c'est la loi comme expression de l'intérêt général. Est-ce à dire que le respect de ce principe n'entraîne aucune conséquence matérielle sur la vie des gens ? Est-ce à dire que l'égalité formelle peut s'accommoder de n'importe quelle inégalité matérielle ? Ce serait quand même bizarre de la part d'un auteur qui, dans l'Essai sur l'Origine de l'Inégalité parmi les Hommes, situe l'origine de l'inégalité, des rapports de force et des dépendances particulières qui s'ensuivent précisément dans l'apparition de la propriété privée ! C'est pourquoi Rousseau précise que la loi que tous doivent également respecter doit être telle que "quant à la puissance, elle soit au-dessus de toute violence et ne s’exerce jamais qu’en vertu du rang et des lois, et, quant à la richesse, que nul citoyen ne soit assez opulent pour en pouvoir acheter un autre et nul assez pauvre pour être contraint de se vendre". Bref, comme le proclame, encore une fois, la Déclaration des Droits de l'Homme (que Rousseau a fortement inspirée) dans son art.1 "les hommes naissent et demeurent libres et égaux en droits. Les distinctions sociales ne peuvent être fondées que sur l'utilité commune". Voilà qui résume tout à fait la position de Rousseau : priorité à la liberté, ce qui suppose égalité en droit (égalité à l'égard de la loi), mais possibilité de distinctions sociales (de puissance et de richesse) dès lors que celles-ci sont nécessaires à la société tout entière (et non à un ou quelques-uns seulement). Car il est évident que les société humaines (surtout les sociétés modernes) gagnent à être diversifiées. Oui mais, corrige immédiatement Rousseau, jusqu'à un certain point seulement, sous peine de recréer de la dépendance particulière : en matière de puissance, celle-ci réapparaîtrait si elle ne s'établissait pas "au-dessus de toute violence" et si elle ne s'exerçait pas "qu’en vertu du rang et des lois", bref, si les différences de puissance entre les individus n'étaient pas, strictement, ceux qui sont prévus et autorisés par la loi ; en matière de richesse, on réintroduirait la dépendance particulière si les plus pauvres devaient se vendre aux plus riches pour subsister et si les plus riches étaient tentés d'acheter les plus pauvres pour les mettre à leur service (on pense à l'esclavage, à la prostitution, mais aussi ... au salariat, cf. texte E1), aussi importe-t-il que "que nul citoyen ne soit assez opulent pour en pouvoir acheter un autre et nul assez pauvre pour être contraint de se vendre".

4 - Expliquer : "Cette égalité, disent-ils, est une chimère de spéculation qui ne peut exister dans la pratique. Mais si l’a­bus est inévitable, s’ensuit-il qu’il ne faille pas au moins le régler ? C’est précisément parce que la force des choses tend toujours à détruire l’égalité, que la force de la législation doit toujours tendre à la maintenir."
Malgré toutes les précautions prises par Rousseau pour montrer que l'égalité n'est pas l'uniformité sociale mais est compatible avec un certain degré de distinction sociale, l'auteur sait qu'on va lui faire une dernière objection : "cette égalité, disent-[mes détracteurs], est une chimère de spéculation qui ne peut exister dans la pratique". Et pourquoi lui ferait-on cette objection ? Eh bien parce que sa conception de l'égalité "suppose, du côté des grands, modérations de biens et de crédit, et, du côté des petits, modération d’avarice et de convoitise" et que l'histoire montre bien que ce type de modération n'est pas la qualité première du plus grand nombre. De sorte que, quel que soit le niveau de perfection d'un système législatif à un moment donné, la tendance, de la part des uns comme des autres, à abuser de la situation est inévitable. Oui, et alors ? "Si l’a­bus est inévitable, s’ensuit-il qu’il ne faille pas au moins le régler ?". Il est ridicule de reprocher à la loi son inefficacité potentielle au prétexte que les hommes ne sont pas assez vertueux pour respecter perpétuellement une loi car, précisément, c'est parce que les hommes ne sont pas souvent ni suffisamment vertueux que la loi existe. La force de la loi, la seule force à laquelle Rousseau nous reconnaît le droit de nous soumettre, ne réside pas dans sa perfection mais dans sa relativité, dans sa souplesse, dans son obstination : "c’est précisément parce que la force des choses tend toujours à détruire l’égalité, que la force de la législation doit toujours tendre à la maintenir".

Dissertation : qu'attendons-nous pour être heureux ?




Marx : on attend que le progrès technique fasse le bonheur de tous et non des seuls capitalistes (E1).
Marx est le premier à faire remarquer (milieu du XIX° siècle, soit un siècle après la première révolution industrielle) que la fonction du progrès technologique n'est pas le bonheur mais l'augmentation de la productivité du travail : s'il faut douze heures (une journée de travail) pour fabriquer une unité d'un produit p à l'instant t avec des outils traditionnels, il n'en faudra, mettons, plus que quatre à l'instant t' avec l'aide d'une machine. De sorte que le rapport quantité produite sur durée nécessaire à la fabrication sera passé de 1/12 à 1/4 : on dira que la productivité du travail a triplé. Mais alors, c'est comme si, à l'instant t, avant l'introduction de la machine, l'ouvrier qui fabrique le produit p avait travaillé non pas 10 heures mais ... 30 heures, ce qui est évidemment impossible en une journée de travail. On voit par là que l'introduction du progrès technique permet d'abolir les limites naturelles du travail humain en lui faisant produire infiniment plus. Or, dans le système économique capitaliste, qui donne naissance à la révolution industrielle et dont Marx est le premier critique, produire plus implique vendre plus, et vendre plus implique que les capitalistes font plus de profits. Donc, à première vue, le progrès technique est surtout destiné à faire le bonheur de ceux qui sont suffisamment riches pour à acheter du capital (des moyens de production) pour la somme S et de le revendre pour la somme S' > S après survalorisation par la qualité du travail humain. Cela dit, on pourrait croire que, dans la mesure où c'est toujours le travail humain qui produit (à la fois en amont et en aval de la machine) le travailleur bénéficie lui aussi, après tout, des progrès techniques destinés à augmenter la productivité de son travail. Car, en effet, le travail à la machine apparaît comme plus facile, puisque les plus gros travaux physiquement pénibles sont désormais assumés par la machine. Mais il faut y regarder de plus près. D'une part, la facilité apparente du travail à la machine est une conséquence de sa déqualification : on fait moins d'effort, les gestes exigent moins de concentration, moins d'habileté. Or, le capitaliste ayant moins besoin de travailleurs qualifiés, il leur préférera des femmes, des enfants, des immigrés, etc., qu'il paiera moins cher, et d'autant moins cher que les travailleurs qualifiés, réduits au chômage, seront prêts à accepter n'importe quel salaire pour retrouver un emploi. Le travailleur se transformera ainsi progressivement en prolétaire, c'est-à-dire en individu qui n'a plus rien qui lui appartient, sauf sa force de travail. D'autre part, cette facilité n'est qu'apparente et non réelle. Appelons SV la survaleur (S' - S), c le capital constant (le coût des machines, des matières premières, des bâtiments, etc) et v le capital variable (le coût de la main d'oeuvre qui fait "varier" la valeur de l'ensemble). Or, maximiser la survaleur relative SV / (c + v), cela revient à maximiser [SV:v] / ([c:v] + [v:v]). Mais [c:v] ne peut qu'augmenter sous l'effet de la compétition économique qui pousse tous les capitalistes à investir dans des moyens de production de plus en plus modernes, et [v:v] est constant (= 1). Dès lors, pour maximiser SV / (c + v), le capitaliste n'a pas d'autre choix que d'intensifier [SV:v], c'est-à-dire d'exiger du travailleur de produire le maximum de survaleur. Ce qui, dans les faits, signifie que, dans le capitalisme, sous l'effet du progrès technique, les conditions de travail du travailleur prolétaire ne peuvent que se détériorer jusqu'à la misère.

Spinoza : on attend d'éprouver de la joie qui est l'indice d'une augmentation de notre liberté (E2).
Pour Spinoza, les hommes ont tendance à s'imaginer qu'ils sont libres chaque fois qu'ils éprouvent un désir et qu'ils se rendent compte qu'aucun obstacle ne vient s'interposer entre leur désir et sa satisfaction. Par exemple, j'éprouve le désir de boire un Coca-Cola ; je vois une canette de Coca-Cola sur la table ; si j'ai l'impression que rien ni personne ne s'oppose à ce que je m'empare de cette canette, que je la décapsule et que je la boive, alors je dirai probablement: "je suis libre de boire cette canette de Coca-Cola". Illusion que tout cela, dit Spinoza. Parce que, si je suis conscient de mon désir de boire ce Coca-Cola, ne revanche, j'ignore les causes qui me poussent à désirer boire du Coca-Cola (par exemple, la publicité, ou la mode, etc.). D'une manière générale tout corps (donc, en particulier, le corps humain) est environné d'une multitude d'autres corps qui exercent une influence sur lui. C'est la règle du déterminisme qui affirme qu'aucun corps ne peut être réellement libre. En fait, le seul corps qui échappe à cette règle, c'est la Nature toute entière, c'est-à-dire l'Univers, l'ensemble de tout ce qui a existé, existe et existera, et que Spinoza appelle aussi Dieu. En effet, Dieu, le Tout donc, n'est, par définition environné par rien, il est seul, rien ne vient l'influencer. En ce sens, pour Spinoza, Dieu ou la Nature est donc le seul être vraiment et totalement libre. On pourrait croire alors que, si notre corps n'est jamais libre en tant qu'il est environné et influencé par une infinité d'autres corps, en revanche notre esprit peut se détacher du déterminisme qui pèse sur les corps (c'est, par exemple, la thèse de Descartes). Le problème, fait remarquer Spinoza, c'est que l'esprit et le corps sont une seule et même chose considérée de deux manières (sous deux attributs) différents. Par exemple, si je parle de la taille, de la couleur des cheveux, du mouvement, etc. de mon ami Pierre, je le considère comme un corps. Tandis que si je m'intéresse à ses idées, à ses regrets, à ses rêves, etc., je le considère comme un esprit. Mais c'est toujours de mon ami Pierre qu'il s'agit. Il en résulte que, si le corps est déterminé et non pas libre, alors l'esprit l'est aussi. Cependant, ajoute Spinoza, si notre corps (ou notre esprit) ne sera jamais absolument libre (sinon il serait Dieu !), notre corps (ou notre esprit) peut être plus libre lorsqu'il comprend d'autres corps (ou d'autres idées) qui augmentent sa puissance d'agir (ou de penser). En reprenant l'exemple du Coca-Cola, supposons que mon corps entre en relation avec un livre qui décrit le mécanisme de la publicité (rappelez-vous ce que disait le PDG de TF1 en 2004 : "la fonction de la télévision est de vendre du temps de cerveau disponible à Coca-Cola"), parallèlement, mon esprit entrera en relation avec les idées véhiculées par la publicité (les idées de manipulation, de supercherie, d'exploitation, etc.). Dans un cas comme dans l'autre, mon corps comprendra un autre corps (le livre), c'est-à-dire que mon esprit comprendra de nouvelles idées. Résultat, je serai plus fort pour résister à l'impact de la publicité. Je ne serai pas complètement libre, bien sûr, mais je serai plus libre. Or, précise Spinoza, l'accroissement de la puissance d'agir du corps, ou bien, ce qui revient au même, de la puissance de penser de l'esprit, bref, l'accroissement de la liberté, s'accompagne toujours d'un sentiment de joie. Et vice versa, la diminution de la puissance d'agir du corps ou de penser de l'esprit s'accompagne d'un sentiment de tristesse. Or, comme tout être vivant a tendance à s'affaiblir naturellement sous l'effet des causes extérieures qui l'agressent et le conduisent vers la mort, on peut dire que tout être humain, livré à lui-même, est naturellement triste car de plus en plus dépendant à l'égard de l'extérieur. Sauf s'il parvient, momentanément, à accroître sa puissance d'agir en comprenant de nouveaux corps ou de penser en comprenant de nouvelles idées. Auquel cas, il éprouve de la joie qui est l'indice d'une plus grande liberté.

Rousseau : on attend que la loi maintienne les inévitables différences individuelles dans des limites compatibles avec l'égalité (E3).
Le plus grand bien de tous, nous dit Rousseau, c'est la liberté. Autrement dit, on ne peut en aucun cas être heureux sans être libre. En ce sens, Rousseau rejoint donc Spinoza. Et il le rejoint d'autant plus qu'il fait le même raisonnement que lui : si je fais ce qui me plaît, il y a de fortes chances pour que cela nuise à quelqu'un ou à quelque chose. S'il me plaît de fumer, par exemple, comment puis-je être certain ne point nuire à quelque partie de la nature ? Pour répondre positivement, il faudrait que je fusse seul dans l'univers, bref, que je fusse Dieu au sens de Spinoza. Donc, puisque faire ce qui me plaît est potentiellement nocif pour autrui, je ne suis pas libre de faire ce qui me plaît parce que je m'expose toujours à une réaction de la part de la partie de la nature lésée par mon comportement. Dès lors, de deux choses l'une : ou bien la liberté est impossible au motif que nul n'est indépendant de son environnement (c'est ce que dit Spinoza), ou bien la liberté ne consiste pas dans l'indépendance. C'est cette dernière option qui est celle de Rousseau : être libre, c'est, paradoxalement, accepter une certaine forme de dépendance. Certes, pas une dépendance particulière : si je suis dépendant du caprice d'autrui, je suis esclave ou prisonnier, mais je ne suis pas libre. Donc, si être libre, c'est accepter une certaine forme de dépendance, alors, ce ne peut être qu'une dépendance non pas à l'égard d'un intérêt particulier ou d'une volonté particulière, mais à l'égard d'un intérêt général ou d'une volonté générale dont l'expression est la loi : "la loi est l'expression de la volonté générale." (Déclaration des Droits de l'Homme et du Citoyen de 1789, art.6). Or, le problème qui se pose immédiatement, c'est que cette forme de liberté comme dépendance à l'égard de la volonté générale ou de l'intérêt général suppose une condition de possibilité : il faut que nul ne soit au dessus des lois. Autrement dit, l'égalité est la condition de possibilité de la liberté. Mais quelle égalité ? Faut-il entendre par là une uniformité sociale, une absence totale de différence entre les citoyens ? Pas nécessairement, répond Rousseau. Il suffit, pour que l'égalité, et donc la liberté, soient assurés, bref, pour que le bonheur soit possible, que les différences entre les individus soient maintenues dans certaines limites. Du point de vue du statut social, nous dit Rousseau, il suffit que les différences ne soient pas dues à des rapports de force, mais soient justifiées par le seul mérite individuel : "les hommes naissent et demeurent libres et égaux en droits. Les distinctions sociales ne peuvent être fondées que sur l'utilité commune." (Déclaration des Droits de l'Homme et du Citoyen de 1789, art.1). Par exemple, si A est un patient et B un médecin, A et B seront néanmoins réputés égaux malgré la différence de statut social qui donne à B, mais non à A, le pouvoir de prescrire, si et seulement si le pouvoir supérieur de B à l'égard de A n'est justifié que par le mérite de B constaté et sanctionné par la loi sur la base d'une réelle égalité des chances entre A et B. Du point de vue du statut économique, on peut faire le même raisonnement : bien que A soit plus riche que B, néanmoins l'un et l'autre seront tenus pour égaux à condition que A ne soit pas assez riche pour acheter B ou, ce qui revient au même, B assez pauvre pour se vendre à A : "la propriété étant un droit inviolable et sacré, nul ne peut en être privé, si ce n'est lorsque la nécessité publique, légalement constatée, l'exige évidemment, et sous la condition d'une juste et préalable indemnité." (Déclaration des Droits de l'Homme et du Citoyen de 1789, art.17). Ce qui exclut, de fait, les situations où B un(e) esclave, ou bien B est un(e) prostitué(e), ou encore ... B est un(e) travailleur(se) prolétaire. Au moins pour cette dernière raison, il n'est pas sûr que, si Rousseau vivait aujourd'hui, il dirait que nous sommes plus prêt du bonheur qu'à son époque. Pour autant, Rousseau ne se découragerait pas. Il dirait qu'il appartient à la loi de tenter inlassablement d'établir une égalité qui se dérobe en raison des tentations inégalitaires qui se présentent nécessairement aux hommes dès qu'ils sont en société.


Je choisis l'ordre suivant (ce n'est qu'un exemple, il y a d'autres choix possibles)
- 1° Spinoza
- 2° Marx
- 3° Rousseau



Qu'attend-on pour être heureux ? (question sujet)
À première vue, n'attend-on pas d'être plus libre pour être heureux ? Or la liberté et le bonheur des uns ne font-ils pas l'esclavage et le malheur des autres ? Donc, pour être heureux, finalement, n'attendons-nous pas d'être égaux ? (problématique)
Nous allons voir que, à première vue, pour être heureux nous attendons d'éprouver de la joie qui est l'indice d'une augmentation de notre liberté. Le problème, c'est que, en système capitaliste, la liberté et le bonheur des capitalistes entraîne nécessairement la misère des travailleurs prolétaires. Donc, ce qu'on attend pour être heureux, c'est que la loi maintienne les inévitables différences individuelles dans des limites compatibles avec l'égalité. (annonce du plan)



I - À première vue, pour être heureux nous attendons d'éprouver de la joie qui est l'indice d'une augmentation de notre liberté. (jereprends ici l'annonce de la première partie dans l'introduction)

Supposons que j'éprouve le désir de boire un Coca-Cola ; je vois une canette de Coca-Cola sur la table ; si j'ai l'impression que rien ni personne ne s'oppose à ce que je m'empare de cette canette, que je la décapsule et que je la boive, alors je dirai probablement: "je suis libre de boire cette canette de Coca-Cola". Et d'une manière générale, les hommes ont tendance à s'imaginer qu'ils sont libres chaque fois qu'ils éprouvent un désir et qu'ils se rendent compte qu'aucun obstacle ne vient s'interposer entre leur désir et sa satisfaction. (amorce1° partie)

Illusion que tout cela, dit Spinoza. Parce que, si je suis conscient de mon désir de boire ce Coca-Cola, en revanche, j'ignore les causes qui me poussent à désirer boire du Coca-Cola (par exemple, la publicité, ou la mode, etc.). Bref, « les hommes se croient libres parce qu'ils ont conscience de leurs désirs et qu'ils ne pensent pas aux causes qui les disposent à désirer, parce qu'ils les ignorent. »(Spinoza, Éthique). En effet, tout corps (donc, en particulier, tout corps humain) est environné d'une multitude d'autres corps qui exercent une influence sur lui. C'est la règle du déterminisme qui affirme qu'aucun corps ne peut être réellement libre car aucun corps n'est réellement indépendant des autres corps. En fait, le seul corps qui échappe à cette règle, c'est la Nature toute entière, c'est-à-dire l'Univers, l'ensemble de tout ce qui a existé, existe et existera, et que Spinoza appelle aussi Dieu : «  la puissance qui permet aux choses singulières de conserver leur être, est la puis­sance même de Dieu, c’est-à-dire de la Nature. »(Spinoza, Éthique). En effet, Dieu, le Tout donc, n'est, par définition environné par rien, il est seul, rien ne vient l'influencer. En ce sens, pour Spinoza, Dieu ou la Nature est donc le seul être vraiment et totalement libre.

On pourrait croire alors que, si notre corps n'est jamais libre en tant qu'il est environné et influencé par une infinité d'autres corps, en revanche notre esprit peut se libérer du déterminisme qui pèse sur notre corps (c'est, par exemple, la thèse de Descartes). Le problème, fait remarquer Spinoza, c'est que l'esprit et le corps sont une seule et même chose considérée de deux manières (sous deux attributs) différents : « l'esprit et le corps sont une seule et même chose conçue tantôt sous l'attribut de la pensée, tantôt sous l'attribut de l'étendue. Ni le corps ne peut déterminer l'esprit à penser ni l'esprit ne peut déterminer le corps au mouvement ou au repos. »(Spinoza, Éthique). Par exemple, si je parle de la taille, de la couleur des cheveux, du mouvement, etc. de mon ami Pierre, je le considère comme un corps. Tandis que si je m'intéresse à ses idées, à ses regrets, à ses rêves, etc., je le considère comme un esprit. Mais c'est toujours de mon ami Pierre qu'il s'agit. Il en résulte que, si le corps est déterminé et non pas libre, alors l'esprit l'est aussi.

Cependant, ajoute Spinoza, si notre corps (ou notre esprit) ne sera jamais absolument libre (sinon il serait Dieu !), notre corps (ou notre esprit) peut être plus libre lorsqu'il comprend d'autres corps (ou d'autres idées) qui augmentent sa puissance d'agir (ou de penser). En reprenant l'exemple du Coca-Cola, supposons que mon corps entre en relation avec un livre qui décrit le mécanisme de la publicité (rappelez-vous ce que disait le PDG de TF1 en 2004 : "la fonction de la télévision est de vendre du temps de cerveau disponible à Coca-Cola"), parallèlement, mon esprit entrera en relation avec les idées véhiculées par la publicité (les idées de manipulation, de supercherie, d'exploitation, etc.). Dans un cas comme dans l'autre, mon corps comprendra un autre corps (le livre), c'est-à-dire que mon esprit comprendra de nouvelles idées. Résultat, je serai plus fort pour résister à l'impact de la publicité. Je ne serai pas absolument libre, bien sûr, mais je serai plus libre, car « de ce qui augmente ou diminue, aide ou contrarie la puissance d'agir de notre corps, l'idée augmente ou diminue, aide ou contrarie la puissance de penser de notre esprit. »(Spinoza, Éthique).

Or, précise Spinoza, l'accroissement de la puissance d'agir du corps, ou bien, ce qui revient au même, de la puissance de penser de l'esprit, bref, l'accroissement de la liberté, s'accompagne toujours d'un sentiment de joie. Et vice versa, la diminution de la puissance d'agir du corps ou de penser de l'esprit s'accompagne d'un sentiment de tristesse : « plus nous sommes affectés d'une plus grande joie, plus nous passons à une perfection plus grande, c'est-à-dire plus nous participons de la nature divine : [...] plus nous comprenons de choses singulières, plus nous comprenons [...] cet être éternel et infini que nous appelons Dieu ou la Nature. »(Spinoza, Éthique). Et comme tout être vivant a tendance à s'affaiblir naturellement sous l'effet des causes extérieures qui l'agressent et le conduisent vers la mort, on peut dire que tout être humain, livré à lui-même, est naturellement triste car de plus en plus dépendant à l'égard de l'extérieur. Sauf s'il parvient, momentanément, à accroître sa puissance d'agir en comprenant de nouveaux corps ou de penser en comprenant de nouvelles idées. Auquel cas, il éprouve de la joie qui est l'indice d'une plus grande liberté. (argumentsprincipaux et secondaires de la 1° partie)

Donc, pour Spinoza, ce que nous attendons pour être heureux, c'est de nous trouver dans des situations qui accroissent notre puis­sance d'être et donc qui, par là-même, nous font éprouver de la joie en réduisant notre dépendance à l'égard des causes extérieures. (bilande la 1° partie)

Est-ce à dire qu'il suffirait de se procurer les moyens techniques d'accroître la puissance de notre corps pour être plus libre et donc plus heureux ? (transition)

II - Le problème, c'est que, en système capitaliste, la liberté et le bonheur des capitalistes entraîne nécessairement la misère des travailleurs prolétaires. (jereprends ici l'annonce de la deuxième partie)

On a tendance, en effet, à penser que le progrès technique, en repoussant les limites de la puissance humaine, va rendre la vie humaine plus facile, plus longue, donc plus heureuse. Spinoza aurait dit en effet que le progrès technique ne peut qu'accroître notre puissance d'être. Mais Spinoza, qui est un philosophe du XVII° siècle, n'a pas encore été témoin de la Révolution Industrielle et n'a donc pas pu encore évaluer son impact réel en termes d'accroissement de la puissance d'être et donc, en termes de joie. (j'annonce ici pourquoi Spinoza estcritiquable)

Marx est le premier à faire remarquer (milieu du XIX° siècle, soit un siècle après la première Révolution Industrielle) que la fonction du progrès technologique n'est pas le bonheur mais l'augmentation de la productivité du travail. Par exemple, s'il faut douze heures (une journée de travail) pour fabriquer une unité d'un produit p à l'instant t avec des outils traditionnels, il n'en faudra, mettons, plus que quatre à l'instant d'après t' avec l'aide d'une machine. De sorte que le rapport de la quantité produite sur la durée nécessaire à la fabrication sera passé de 1/12 à 1/4 : on dira que la productivité du travail a été multipliée par trois. Mais alors, c'est comme si, à l'instant t, avant l'introduction de la machine donc, l'ouvrier qui fabrique le produit p avait travaillé non pas 10 heures mais ... 30 heures (trois fois plus longtemps), ce qui est évidemment impossible en une journée de travail. Bref, « si la machine est le moyen le plus puissant d’accroître la productivité du travail, c’est-à-dire de raccourcir le temps nécessaire à la production des marchandises, elle devient, comme support du capital, dans les branches d’industries dont elle s’empare d’abord, le moyen le plus puissant de prolonger la journée de travail au-delà de toute limite naturelle. »(Marx, le Capital). On voit par là que l'introduction du progrès technique tend à abolir les limites naturelles du travail humain en lui faisant produire infiniment plus. Ce qui devrait, en bonne logique, contribuer à accroître la puissance d'agir, donc la liberté, donc le bonheur de tous les individus, par exemple en le faisant travailler moins dur et moins longtemps.

Mais, dans le système économique capitaliste, produire plus implique vendre plus, et vendre plus implique plus de profits pour les capitalistes. Car le propre du système capitaliste, c'est qu'on y produit non pas pour satisfaire les besoins économiques du plus grand nombre, mais les besoins financiers des possesseurs de capital. De sorte que le progrès technique est surtout destiné à faire le bonheur de ceux qui sont suffisamment riches pour à acheter du capital (des moyens de production) pour la somme S et de le revendre pour la somme S' > S après avoir fait donner une survaleur (S' – S) à ce capital par du travail humain qualifié. Cela dit, on pourrait croire que, dans la mesure où c'est toujours le travail humain qui produit (à la fois en amont et en aval de la machine) le travailleur bénéficie lui aussi, après tout, des retombées bénéfiques du progrès technique, même si celui-ci est destiné à augmenter les profits des capitalistes à travers l'augmentation de la productivité de son travail. En effet, le travail à la machine n'apparaît-il pas plus facile, puisque les plus gros travaux physiquement pénibles sont désormais assumés par la machine ?

Mais il faut y regarder de plus près. D'une part, la facilité apparente du travail fait directement baisser les salaires : on fait moins d'effort, les gestes exigent moins de concentration, moins de qualification. Or, le capitaliste ayant moins besoin de travailleurs qualifiés, il leur préférera des femmes, des enfants, des immigrés, etc., c'est-à-dire des travailleurs sans qualification qu'il paiera moins cher, et d'autant moins cher que les travailleurs qualifiés, réduits au chômage, seront eux-mêmes prêts à accepter n'importe quel salaire pour retrouver un emploi. Le travailleur se transformera ainsi progressivement en prolétaire, c'est-à-dire en individu qui n'a plus rien qui lui appartient en propre, sinon sa force de travail, comme les esclaves antiques ou médiévaux. Paradoxalement, le progrès technique produit donc de l'esclavage : « la facilité apparente du travail à la machine et l’élément plus maniable et plus docile des femmes et des enfants aident [le capitaliste] dans cette œuvre d’asservissement. »(Marx, le Capital).

D'autre part, cette facilité apparente fait indirectement baisser les salaires. Appelons SV la survaleur (S' - S), c le capital constant (le coût des machines, des matières premières, des bâtiments, etc) et v le capital variable (le coût de la main d'oeuvre qui fait "varier" la valeur de l'ensemble). Or, sous l'effet de la concurrence que se livrent les capitalistes entre eux, il n'est pas question pour eux de maximiser SV en valeur absolue (cela supposerait que chaque capitaliste est libre de fixer ses prix à sa guise), mais de maximiser SV en valeur relative, c'est-à-dire de maximiser SV / (c + v) (survaleur relative). Mais, maximiser SV / (c + v), cela revient à minimiser v, autrement dit le prix de la main d’œuvre (les salaires), puisque personne ne maîtrise SV en valeur absolue et puisque c ne peut qu'augmenter sous l'effet de l'innovation technologique rendue nécessaire par la concurrence. Bref, « la machine produit une survaleur relative, non seulement en dépréciant directe­ment la force de travail et en la rendant indirectement meilleur marché par la baisse de prix qu’elle occasionne dans les marchandises d’usage commun, mais en ce sens qu’elle transforme le travail employé par le possesseur de ma­chines en travail plus efficace. »(Marx, le Capital). Ce qui, dans les faits, signifie que, dans le capitalisme, sous l'effet du progrès technique, les conditions de travail et les conditions de vie du travailleur ne peuvent que se détériorer jusqu'à la misère. (argumentsprincipaux et secondaires de la 2° partie)

Il est clair que, pour Marx, ce que nous attendons pour être heureux, c'est soit d'être capitaliste en système capitaliste, soit de voir émerger un système économique beaucoup plus égalitaire que le système capitaliste. (bilande la 2° partie)

Donc, finalement, le problème que pose Marx ne pourrait-il pas être résolu en assurant les conditions d'une plus grande égalité qui éviterait que le bonheur des uns fasse le malheur des autres ? (transition)

III - Donc, ce qu'on attend pour être heureux, c'est que la loi maintienne les inévitables différences individuelles dans des limites compatibles avec l'égalité. (je reprends ici l'annonce de latroisième partie)

Comme le souligne Spinoza, il nous semble difficile d'être heureux sans augmenter notre liberté, puisque la joie est l'indice d'une diminution des contraintes qui pèsent sur nous. Cela dit, il s'avère que, en système capitaliste, la diminution des contraintes qui pèsent sur les plus riches est corrélative de l'augmentation des contraintes qui pèsent sur les plus pauvres. Donc, il semble bien que l'égalité soit la condition fondamentale d'un plus grand bonheur pour tous. (j'annonce icipourquoi Spinoza et Marx sont tous les deux critiquables)

Le plus grand bien de tous, nous dit en effet Rousseau, c'est la liberté. Autrement dit, on ne peut en aucun cas être heureux sans être libre. En ce sens, Rousseau rejoint donc Spinoza. Et il le rejoint d'autant plus qu'il fait le même raisonnement que lui : si je fais ce qui me plaît, il y a de fortes chances pour que cela nuise à quelqu'un ou à quelque chose. S'il me plaît de fumer, par exemple, comment puis-je être certain de ne point nuire, d'une manière ou d'une autre, à quelque partie de la nature ? Pour répondre positivement, il faudrait que je fusse certain d'être seul dans l'univers, bref, que je fusse Dieu au sens de Spinoza. Or je ne suis pas seul dans l'univers. Donc, faire ce qui me plaît est potentiellement nocif pour autrui, et alors je ne suis jamais libre de faire ce qui me plaît parce que je m'expose toujours à une réaction de la part de la partie de la nature lésée par mon comportement. Donc, ce n'est pas ainsi que je puis espérer être heureux.

Dès lors, pour Rousseau, de deux choses l'une : ou bien la liberté est impossible au motif que nul n'est indépendant de son environnement (c'est aussi ce que dit Spinoza), ou bien la liberté ne consiste pas dans l'indépendance. C'est cette dernière option qui est celle de Rousseau : être libre, c'est, paradoxalement, accepter une certaine forme de dépendance. Certes, pas une dépendance particulière : si je suis dépendant du caprice ou de l'arbitraire d'autrui, je suis esclave de son caprice ou prisonnier de son arbitraire, mais je ne suis pas libre. Donc, si être libre, c'est accepter une certaine forme de dépendance, alors, ce ne peut être qu'une dépendance non pas à l'égard d'un intérêt particulier ou d'une volonté particulière, mais à l'égard d'un intérêt général ou d'une volonté générale. Or « la loi est l'expression de la volonté générale. » (Déclaration des Droits de l'Homme et du Citoyen de 1789, art.6). C'est-à-dire que la loi a vocation à exprimer cet intérêt général dont Rousseau dit que je dois dépendre pour être libre.

Sauf que cette forme de liberté comme dépendance à l'égard de la volonté générale ou de l'intérêt général suppose satisfaite une condition plus fondamentale : il faut que nul ne soit au dessus des lois : « je ne connais de liberté vraiment libre que celle à laquelle nul n’a le droit d’opposer de la résistance [...]. Ainsi la liberté sans la justice est une véritable contradiction [...]. Il n’y a donc point de liberté sans lois, ni où quelqu’un est au-dessus des lois. »(Rousseau, Lettres écrites de la Montagne). Bref, l'égalité est la condition de possibilité de la liberté : « le plus grand bien de tous, qui doit être la fin de tout système de législation, [...] se réduit à deux objets principaux, la liberté et l’égalité : la liberté [et] l’égalité parce que la liberté ne peut subsister sans elle. »(Rousseau, du Contrat Social). Mais quelle égalité ? Faut-il entendre par là une uniformité sociale, une absence totale de différence entre les citoyens ? Pas du tout, répond Rousseau. Il suffit, pour que l'égalité, et donc la liberté, soient assurés, bref, pour que le plus grand bien de tous soit possible, que les différences entre les individus soient maintenues dans certaines limites : « à l’égard de l’égalité, il ne faut pas entendre par ce mot que les degrés de puissance et de richesse soient absolument les mêmes. »(Rousseau, du Contrat Social).

Du point de vue du statut social, nous dit Rousseau, il suffit que les différences ne soient pas dues à des rapports de force, mais soient justifiées par le seul mérite individuel : « les hommes naissent et demeurent libres et égaux en droits. Les distinctions sociales ne peuvent être fondées que sur l'utilité commune. » (Déclaration des Droits de l'Homme et du Citoyen de 1789, art.1), ou, comme le dit Rousseau, « que, quant à la puissance, elle soit au-dessus de toute violence et ne s’exerce jamais qu’en vertu du rang et des lois. »(Rousseau, du Contrat Social). Par exemple, si A est un patient et B un médecin, A et B seront néanmoins réputés égaux malgré la différence de statut social qui donne à B, mais non à A, le pouvoir de prescrire, si et seulement si le pouvoir supérieur de B à l'égard de A n'est justifié que par le mérite de B constaté et sanctionné par la loi sur la base d'une réelle égalité des chances entre A et B.

De même, du point de vue du statut économique, on peut faire un raisonnement similaire : bien que A soit plus riche que B, néanmoins l'un et l'autre seront tenus pour égaux à condition que A ne soit pas assez riche pour acheter B ou, ce qui revient au même, B assez pauvre pour se vendre à A : « quant à la richesse, que nul citoyen ne soit assez opulent pour en pouvoir acheter un autre et nul assez pauvre pour être contraint de se vendre. »(Rousseau, du Contrat Social). Ce qui exclut, de fait, les situations où B est un(e) esclave, ou bien B est un(e) prostitué(e), ou encore ... B est un(e) travailleur(se) salarié(e) dans le système capitaliste. Raison pour laquelle, si Rousseau avait connu le système capitalise, il n'y aurait certainement pas vu un progrès vers plus d'égalité, donc plus de liberté et donc aussi plus de bonheur pour tous. Pour autant, cette situation n'aurait pas découragé Rousseau. Il aurait probablement dit qu'il appartient précisément à la loi de tenter inlassablement d'établir une égalité qui se dérobe en raison des tentations inégalitaires qui se présentent nécessairement aux hommes dès qu'ils sont en société. Car, « si l’a­bus est inévitable, s’ensuit-il qu’il ne faille pas au moins le régler ? C’est précisément parce que la force des choses tend toujours à détruire l’égalité, que la force de la législation doit toujours tendre à la maintenir. »(Rousseau, du Contrat Social). (argumentsprincipaux et secondaires de la 3° partie)

Finalement, du point de vue de Rousseau, nous attendons que la loi soit suffisamment efficace pour que les inévitables différences de statuts dans une société donnée soient maintenues dans des limites strictes afin que soit assurée l'égalité sans laquelle il n'est pas de liberté et donc de bonheur possibles. (bilan de la 3° partie)



Nous venons donc de voir que, pour être heureux, nous attendons apparemment d'être plus libres, car alors, nous éprouverions un sentiment de joie qui est la marque d'une diminution des contraintes qui pèsent sur nous. Toutefois, les moyens technologiques de réduire les contraintes qui pèsent sur nous font, en système capitaliste, le bonheur des capitalistes à travers l'augmentation de leurs profits, mais ils accroissent les contraintes et donc diminuent la liberté et le bonheur des travailleurs salariés. Il s'ensuit que, si l'on ne peut être heureux qu'en étant plus libre, alors il faut que les différences individuelles soient sévèrement encadrées par la loi afin qu'elles ne dégénèrent pas en inégalités génératrices de discriminations sociales et de conflits. (j'airésumé d'une phrase chaque partie de mon développement)

1 "Je ne connais de liberté vraiment libre que celle à laquelle nul n’a le droit d’opposer de la résistance [...]. Ainsi la liberté sans la justice est une véritable contradiction [...]. Il n’y a donc point de liberté sans lois, ni où quelqu’un est au-dessus des lois."(Rousseau - Lettres écrites de la Montagne).

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