mardi 26 novembre 2024
lundi 25 novembre 2024
SOUFFRANCE DU SOI ET SOUFFRANCE PAR SOI - 1 - PHILOSOPHIE ET YOGA.
Suivant la loi de Boltzmann (seconde loi de la thermodynamique), tout système physique perd tendanciellement de l'énergie et se dirige inéluctablement vers sa mort thermique. En ce sens, tout système physique souffre d'entropie. Toutefois, dans la mesure où un système est thermodynamiquement ouvert, c'est-à-dire connecté à d'autres systèmes physiques, son entropie peut être compensée par les systèmes connexes, l'énergie perdue par les uns étant, pour partie, localement et momentanément récupérée par les autres. À cet égard, Francisco Varela définit le vivant comme un système thermodynamiquement ouvert mais cognitivement clos. Cela veut dire qu'un système est vivant si et seulement si tout ou partie des structures physiques dont il est constitué s'organisent contextuellement de telle sorte qu'elles font circuler entre elles de l'information sur l'état énergétique de l'organisation pour, autant que possible, maintenir cette organisation invariante. Cette "clôture cognitive du système", Varela l'appelle un "Soi". En ce sens, puisque tout système physique souffre (d'entropie), tout système physique vivant souffre et perçoit qu'il souffre. Cette souffrance est donc une souffrance DU SOI, en l'occurrence, celui qui est contextuellement concerné par la perception de l'entropie. Mais qu'en est-il des organisations vivantes dotées de conscience et de langage que sont les entités humaines ? On est obligé d'admettre que leurs Soi, en tant qu'ils sont conscients, non seulement souffrent et perçoivent qu'ils souffrent mais, de plus, sont conscients de percevoir qu’ils souffrent. La souffrance DU Soi devient alors souffrance PAR Soi, en l'occurrence, par le fait de posséder des Soi cognitifs conscients qui permettent aux humains, certes, d'examiner certaines causes de souffrance pour tenter de les supprimer, mais aussi de représenter leur propre souffrance et donc de l'augmenter en intensité et de la prolonger dans le temps, voire de l'étendre dans l'espace en la communiquant à d'autres Soi. En ce sens, les Soi humains sont à la fois les plus sensibles des Soi à la souffrance et les plus à même d'y trouver des solutions et d'y remédier. Parmi ces solutions, celle qui a été le plus spontanément et le plus généralement adoptée dans l'histoire consiste à postuler l'homogénéité et la permanence d'UN Soi, individuel ou collectif, spécifiquement humain et supérieur en dignité à tous les autres Soi, puis de sacraliser l'invariance de ce Soi en identité éternelle et immuable. À partir de quoi LE Soi humain s'est octroyé le pouvoir presque illimité d'infliger aux systèmes physiques connexes, conscients ou non, vivants ou non, des souffrances qui dégénèrent souvent en pures et simples destructions, et ce, au risque de précipiter sa propre mort thermique au lieu de la ralentir (cf. Thermodynamique des Conflits II : Prédation et Parasitisme). La question est donc clairement de savoir dans quelle mesure les solutions apportées par les Soi conscients humains au problème de leur propre entropie ne se sont pas plus problématiques que le problème lui-même. Nous verrons qu’à cette question, la Philosophie, le Yoga, le Taoïsme ou le Bouddhisme apportent des réponses radicalement divergentes.