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mardi 15 septembre 2026
lundi 14 septembre 2026
المقاومة - Al Muqawama (Résistance)
"Mercredi 9 septembre, dans sa « carte blanche » à la Grande Librairie sur France 5, Adèle Haenel, droite, digne et avec beaucoup d’émotion, a dénoncé le silence concernant les violences sexistes et sexuelles, faisant lien avec le silence dont bénéficie l'État d'Israël alors même qu’il commet un génocide en Palestine avec la complicité de la France. Elle a enfin appelé à sanctionner Israël et à libérer la Palestine.
France Télévisions, chaîne publique, a retiré la séquence, puis l'intégralité du replay, invoquant un défaut de « pluralisme (1) ». De quel pluralisme s'agit-il, alors que les voix palestiniennes ne peuvent pas s'exprimer sur les médias dominants ?
Ces éléments de langage ne trompent personne. Exiger une « contradiction » face à un fait documenté depuis plusieurs années maintenant par plusieurs organismes onusiens, par des spécialistes des études sur le génocide, par de nombreuses ONG internationales (dont MSF, Amnesty International, Human Rights Watch, FIDH) et même israéliennes (B'Tselem, Physicians for Human Right) revient à traiter un génocide comme une opinion comme une autre.
Mais ce qui s'est joué cette semaine n'a rien de nouveau. On se souvient du journaliste qui, questionnant Olivier Rafowicz, porte-parole de l'armée israélienne, en lui apportant une contradiction sur TV5, avait été brutalement désavoué par sa hiérarchie. Aujourd'hui, c’est France 5, qui décide de censurer la parole libre qu’elle avait pourtant elle-même offerte. En retirant non seulement la séquence mais l'émission entière, France Télévisions n'a pas cherché à « rééquilibrer » un propos : elle l'a tout simplement supprimé.
Ce réflexe n'est pas isolé. Il s'inscrit dans une longue habitude des médias publics et privés à traiter la solidarité avec la Palestine comme un crime ou une anomalie à corriger, alors que la parole pro-israélienne, quant à elle, circule sans jamais être sommée du contradictoire. Cette asymétrie a un nom : cynisme et complicité. Car elle organise, au nom du pluralisme lui-même, le silence de celles et ceux qui alertent et dénoncent la réalité établie du génocide en cours contre les Palestiniens.
L'UJFP apporte tout son soutien à Adèle Haenel, pour sa parole qui, malgré la censure, a largement circulé grâce aux réseaux de solidarité. Comme cette dernière l’a très justement indiqué, cette suppression ne fait que confirmer son message : l’urgence de la mobilisation.
L'UJFP fait sienne les mots d'Adèle Haenel : "Mais puisque je suis ici, il faut parler pour redire ce qu’il y a dans ce silence, afin que tout le monde l’entende : l’État d’Israël commet un génocide en Palestine et la France est complice. N’acceptez pas l’inacceptable, alors sanctionnez Israël et libérez la Palestine".
(1) Cf. la conception du "pluralisme" que se fait actuellement la direction de Radio-France.
U.J.F.P., 14 septembre 2026.
vendredi 10 avril 2026
jeudi 9 avril 2026
TRAGEDIE, FATALITE ET JOIE DE VIVRE.
(Ceci est le résumé d'une communication que j'ai faite à la Maison du Yoga du Plan d'Aups le dimanche 29 mars 2026).
L'opéra Carmen de Bizet1, dont nous entendons là l'air de la séguédille du premier acte, est sans doute aujourd'hui le spectacle tragique le plus souvent représenté de par le monde. On sait que Nietzsche, auteur de la Naissance de la Tragédie, avait une totale vénération pour cet opéra dont il dira : "ce qui est bon est léger. Tout ce qui est divin marche d’un pied délicat. […] Cette musique est gaie [d'une] gaieté africaine ; la fatalité plane au-dessus d'elle, la joie est courte, soudaine, sans merci"(Nietzsche, le Cas Wagner, 1888). Et nous verrons en effet que, loin d'être un spectacle lugubre ou démoralisant, la tragédie est une manière d'appréhender avec ivresse et jubilation la fatalité de l'existence humaine, laquelle fatalité rend dérisoire toute volonté de, comme on dit aujourd'hui, "prendre son destin en mains".
mardi 23 septembre 2025
LA POSTURE TRAGIQUE (I - TRAGEDIE ; II - ILLUSION).
Lors des obsèques de Marie Trintignant décédée en août 2003 dans les circonstances que tout le monde connaît, son père a pris la parole en ces termes : "ne pleure pas celle que tu as perdue ; réjouis-toi au contraire de l'avoir connue". Il y a dans cette phrase toute l'intensité et toute la grandeur de la tragédie : la catastrophe, la souffrance, la joie ("réjouis-toi"). Chacun(e) d'entre nous a sans doute croisé un jour ou l'autre quelqu'un qui, tout en étant accablé par le sort, manifeste néanmoins une vitalité extraordinaire, une joie de vivre hors du commun. Et a sans doute pensé : "quel courage !" comme s'il fallait, pour apprivoiser la tragédie de l'existence, engager un combat féroce contre le destin. Or, nous dit Nietzsche, c'est, tout au contraire, la posture tragique comme communion avec le destin qui nous procure cette "puissance de l'ivresse que tous les hommes et tous les peuples ont chanté dans leurs hymnes, [cette] force despotique du renouveau printanier pénétrant joyeusement la nature entière"(Nietzsche, la Naissance de la Tragédie, i). Nous allons donc montrer que (I) les origines festives de la tragédie grecque résument à merveille la nature de l'existence humaine, notamment (II) en ce que celle-ci se berce de l'illusion de pouvoir combattre le caractère intentionnellement illusoire du monde perçu, caractère illusoire qui (III) est dénié par la lutte dérisoire d'une responsabilité volontaire contre la souffrance existentielle dont (IV) la prise de conscience de la fatalité constitue la posture tragique par excellence, laquelle (V) est le seul moyen non de supprimer mais de sublimer la souffrance existentielle par une mise en scène qui, (VI) une fois admise et répétée sans réserve, procure la joie de vivre à la fois la plus éphémère et la plus exubérante.