vendredi 2 octobre 2026

LE PRINCE, DEMON ET HISTRION.

 

Lorsqu'on demandait à Coluche à quel moment il cesserait de faire de la politique, il répondait : "dès que les politiciens auront fini de nous faire rire". Coluche disait là tout haut ce que les humoristes ont probablement toujours pensé tout bas, à savoir que le pouvoir politique recèle par nature, bien que souvent à son corps défendant, une indéniable vis comica. Si les personnalités de pouvoir ont, en effet, en tout temps et en tout lieu, toujours été les têtes de turc favorites des humoristes, c'est peut-être parce qu'ils ont toujours été perçus comme une synthèse de ces deux grands thèmes comiques que sont l'autorité et la sexualité, plus précisément, les excès de fureur dans l'une et les excès de lascivité dans l'autre. Deux thèmes qui évoquent l'hubris que célébraient déjà les cortèges antiques des ménades et des satyres dans leurs dithyrambes dionysiaques et qui, d'emblée, ont été exploités par la tragédie grecque qui s'est évertuée à montrer comment la démesure transformait fatalement les meilleurs des hommes (les héros) en monstres sanguinaires. Sauf que, sensiblement contemporaine de la naissance de la tragédie, celle de la comédie se sera servie exactement du même ressort de la violence outrancière du Prince dans ses rapports politiques et dans ses rapports amoureux, juste en les tendant vers un peu plus d'invraisemblance. De sorte que l'on peut se demander si la différence entre le démon et l'histrion n'est pas une simple affaire de mise à distance critique, au moyen d'artifices scéniques appropriés, de la cruauté sans limites inhérente à tout rapport de pouvoir.